Cap sur l'Avenir
L'essentiel en 30 secondes
La France doit 3 536 milliards d'euros — 117,5 % de tout ce qu'elle produit en un an. Rien que les intérêts de cette dette coûtent 67 milliards d'euros par an, sans rembourser un centime. Ce programme ne promet pas de miracle : il propose de chasser le gaspillage réel (agences en doublon, fraude, niches fiscales mal ciblées) pour financer un vrai gain de pouvoir d'achat (charges, carburant, crédit immobilier), tout en s'attaquant à la vraie croissance qui, seule, peut faire baisser la dette dans la durée — sur un horizon réaliste de 20 ans, pas cinq. Chaque chiffre de ce programme est sourcé et vérifiable ; chaque mesure indique honnêtement ce qu'elle rapporte, ce qu'elle coûte, et ses limites.
Sommaire
Le socle I. Le diagnostic · II. Où va votre argent · III. Notre méthode
Réduire le gaspillage et financer l'avenir IV. Le gaspillage public · V. Retraites · VI. Santé · VII. Logement et crédit · VIII. Pouvoir d'achat · IX. Croissance · X. Emploi
La France dans le monde XI. Union européenne · XII. Immigration
Régalien et société XIII. Sécurité et justice · XIV. Éducation · XV. Écologie et énergie · XVI. Institutions et démocratie · XVII. Défense · XVIII. Famille et natalité · XIX. Agriculture · XX. Numérique et IA · XXI. Transports · XXII. Outre-mer · XXIII. Culture et médias · XXIV. Politique étrangère · XXV. Fonction publique · XXVI. Sécurité et droits des personnes LGBT · XXVII. Laïcité
La colonne vertébrale XXVIII. Le bilan chiffré · XXIX. Calendrier sur 5 ans · XXX. Trajectoire sur 20 ans · XXXI. Ce qu'on ne promet pas
Toutes les mesures, volet par volet, en un coup d'œil
Ce récapitulatif liste uniquement les mesures — pas les diagnostics ni les chiffres qui les justifient (tout ça est développé dans chaque volet). Pour le détail, les sources et les montants, se reporter au volet correspondant.
IV. Réduire le gaspillage — Fusionner les agences en doublon · Renforcer le contrôle fiscal · Réévaluer les 22 plus grosses niches fiscales · Plafonner et rendre transparents les contrats de conseil · Auditer le millefeuille territorial avant chiffrage · Aligner le temps de travail des collectivités sur les 1 607h légales · Réformer le CESE/CESER · Créer un registre unique des subventions associatives · Rationaliser l'aide au développement inefficace · Instaurer une clause de revue automatique tous les 3 ans sur toute dépense récurrente
V. Retraites — Simplifier la gestion des 42 régimes (guichet unique) · Prioriser l'emploi des seniors avant de rouvrir le débat sur l'âge · Protéger et indexer les petites pensions · Débattre ouvertement des 3 leviers (âge, cotisations, pensions) avec les partenaires sociaux si un ajustement reste nécessaire
VI. Santé — Doubler les moyens de contrôle contre la fraude à l'Assurance maladie · Renforcer le contrôle médical des arrêts longs · Généraliser la solidarité territoriale des médecins · Accélérer la formation de généralistes · Développer la téléconsultation encadrée · Financer toute nouvelle dépense dès son annonce (fin du "Ségur non financé")
VII. Logement et crédit — Ne pas déréguler les règles prudentielles (35 %, 25 ans) · Élargir la dérogation primo-accédants · Renforcer le PTZ · Simplifier les recours abusifs contre les permis de construire · Libérer le foncier public sous-utilisé · Investir dans la production française d'énergie
VIII. Pouvoir d'achat — Baisser les charges ciblées sur les bas salaires (financée par le gaspillage) · Supprimer la TVA sur la taxe carburant · Créer une aide automatique en cas de flambée pétrolière · Indexer les seuils fiscaux sur l'inflation réelle
IX. Croissance — Ramener le délai d'implantation industrielle vers la moyenne allemande · Réorienter la formation professionnelle vers les métiers en tension · Simplifier les démarches pour les PME
X. Emploi — Flécher la formation vers les métiers en tension (BTP, santé, industrie, cybersécurité) · Revaloriser les métiers manuels et du soin · Renforcer l'accompagnement des 15-29 ans · Rendre transparentes les ponctions de l'État sur l'Unédic
XI. Union européenne — Peser sur la trajectoire de hausse de la contribution française · Mieux mobiliser les fonds européens déjà dus à la France · Ne pas sortir de l'UE
XII. Immigration — Immigration pilotée, pas stoppée : conditionner visas et coopération bilatérale aux pays qui refusent les laissez-passer consulaires · Mobiliser pleinement les centres de préparation au départ sous-utilisés (40 % d'occupation) · Sécuriser juridiquement les OQTF pour réduire leur taux d'annulation · Réduire les délais de traitement de l'asile · Réformer l'AME vers plus de transparence et de contrôle · Orienter l'intégration professionnelle vers les métiers en tension
XIII. Sécurité et justice — Tenir les trajectoires LOPMI/LOPJ déjà votées · Traiter le turnover policier/pénitentiaire par l'attractivité, pas seulement le recrutement · Mobiliser les bracelets électroniques et placements extérieurs inutilisés · Prioriser les 9 cours d'appel les plus engorgées · Généraliser les prisons modulaires · Renforcer la présence dans les zones touristiques et accélérer la réponse pénale (comparution immédiate) · Cibler les contrôles anti-narcotrafic plutôt que les multiplier au hasard · Utiliser les outils numériques pour remonter aux points de deal · Investir dans la prévention et la réinsertion des consommateurs · Rendre obligatoire une consultation psychologique biannuelle pour toutes les forces de l'ordre, avec confidentialité garantie et recrutement massif de psychologues agréés · Supprimer la tranche intermédiaire 13-16 ans pour ne garder que deux paliers (moins de 13 ans / 13 ans et plus), ce dernier régi par les règles aujourd'hui réservées aux 16-18 ans, en assumant le niveau de risque juridique de cette position et en maintenant un examen individualisé au cas par cas · Lancer une commission de révision du Code pénal dès l'An 1, sur une trajectoire réaliste de 15 à 20 ans cohérente avec le précédent historique (20 ans pour la réforme de 1994), plutôt qu'une promesse intenable en 5 ans
XIV. Éducation — Traiter le métier d'enseignant comme un métier en tension prioritaire (français/maths) · Réorienter les moyens libérés par la baisse démographique vers le remplacement et les REP/REP+ · Encadrer l'usage de l'IA générative à l'école · Améliorer les conditions de travail des enseignants
XV. Écologie et énergie — Exiger un contrat à prix plafonné pour l'EPR2 · Prioriser les fonds de rénovation vers les passoires thermiques · Flécher la formation BTP vers la rénovation énergétique
XVI. Institutions et démocratie — Introduire une dose de proportionnelle · Faciliter le référendum sur les sujets structurants · Limiter le 49.3 aux textes budgétaires essentiels
XVII. Défense — Tenir la trajectoire budgétaire déjà votée (3,5 % du PIB en 2035) · Traiter le recrutement militaire par l'attractivité · Sécuriser le financement de l'ASN4G dès l'annonce · Poursuivre l'investissement spatial militaire
XVIII. Famille et natalité — Évaluer le congé de naissance avant toute mesure nouvelle · Traiter les causes réelles (logement, emploi, pouvoir d'achat) plutôt qu'un choc artificiel · Rendre transparents les excédents de la branche famille
XIX. Agriculture — Défendre le budget de la PAC dans les négociations européennes · Accélérer le renouvellement des générations (LOSARGA) · Rééquilibrer les aides PAC vers les petites exploitations · Retirer la hausse de fiscalité sur les biocarburants agricoles · Réduire la dépendance aux engrais importés
XX. Numérique et IA — Combler la dette technique de l'État par un plan pluriannuel sanctuarisé · Généraliser la double authentification sur les services publics · Renforcer l'ANSSI · Soutenir les alternatives souveraines (Mistral AI, OVHcloud) par la commande publique · Former les agents publics et les citoyens à la cyberhygiène · Rendre obligatoire la transparence du contenu politique sur les plateformes de divertissement (Twitch, TikTok, YouTube), sans jamais restreindre le débat politique lui-même
XXI. Transports — Concentrer l'effort sur le carburant (suppression de la TVA sur la TICPE) plutôt qu'une nouvelle baisse de TVA sur les transports en commun (déjà à 10 %) · S'inspirer du modèle d'exonération ciblée testé outre-mer · Investir dans l'entretien et la régularité du réseau ferroviaire
XXII. Outre-mer — Généraliser l'exonération ciblée de TVA et d'octroi de mer sur les produits de première nécessité (déjà testée et prouvée en Martinique/Guadeloupe : -10,8 % de prix) · Faire adopter sans délai le projet de loi contre la vie chère, déjà voté au Sénat · Développer l'approvisionnement régional avec les pays voisins plutôt que tout importer de l'Hexagone (modèle polynésien) · Simplifier les normes CE pour les échanges avec les voisins immédiats · Rouvrir les accords commerciaux asymétriques · Investir dans la production locale pour créer de l'emploi sur place (couverture locale à 1-10 % contre 80 % en Hexagone) · Adapter les normes de construction aux réalités locales · Prioriser logement, sécurité et accès aux soins
XXIII. Culture et médias — Défendre au niveau européen le maintien des quotas d'investissement des plateformes de streaming dans la création locale (résister au plafonnement demandé par Netflix) · Stabiliser durablement le financement de l'audiovisuel public, sans ajustement de dernière minute par 49.3 · Ne pas faire porter un effort disproportionné sur un budget marginal (3,88 Md€) mais stratégique pour la souveraineté culturelle · Soutenir la création française et européenne via le CNC
XXIV. Politique étrangère — Relancer avec l'Espagne et la Grèce la demande d'un découplage structurel entre prix de l'électricité et prix du gaz sur le marché européen · Profiter de la fin de l'ARENH en 2026 pour négocier un nouveau cadre protégeant la compétitivité industrielle française · Porter la position de force réelle de la France (1er exportateur net d'électricité d'Europe, 95 % bas-carbone) dans les négociations à Bruxelles · Rester engagés dans les négociations de paix en Ukraine en exigeant des garanties de sécurité durables · Recentrer le soutien à l'Ukraine vers les soins et la formation · Négocier un accord bilatéral sur les ressources minières ukrainiennes
XXV. Fonction publique — Achever l'alignement du temps de travail territorial sur les 1 607h légales · Traiter les risques psychosociaux comme une priorité de gestion RH plutôt qu'un sujet périphérique · Clarifier l'usage des contrats précaires pour éviter qu'ils remplacent durablement des postes pérennes · Communiquer avec les vrais chiffres sur l'absentéisme plutôt qu'une caricature dépassée par les statistiques
XXVI. Sécurité et droits des personnes LGBT — Évaluer publiquement les résultats du plan national 2023-2026 avant toute décision sur sa suite · Prioriser l'accès à la justice (taux de plainte à seulement 3 %) plutôt que l'affichage symbolique · Refuser d'instrumentaliser le sujet à des fins électorales, dans un sens comme dans l'autre · Faire appliquer réellement le délit de dénonciation calomnieuse déjà existant (jusqu'à 5 ans de prison) contre les fausses accusations prouvées, sans jamais automatiser la poursuite sur la seule base d'un classement sans suite
XXVII. Laïcité — Achever la formation à la laïcité de tous les agents publics (seulement 13 % formés à ce jour) · Faire réellement appliquer les sanctions déjà prévues contre les menaces visant des agents publics (5 condamnations en 2022 seulement) · Traiter sérieusement la hausse des atteintes recensées dans les écoles publiques · Garantir l'égalité de traitement de l'État envers tous les cultes · Ne jamais restreindre la pratique religieuse des citoyens dans l'espace public, contrairement à ce que proposent certains partis
ILe diagnostic — la situation, expliquée simplement
- La France doit environ 3 536 milliards d'euros. Ramené au nombre d'habitants, ça fait environ 53 000 € par personne — bébés compris.
- Cette dette augmente d'environ 6 000 € chaque seconde.
- Chaque année, l'État emprunte environ 310 milliards d'euros rien que pour continuer à fonctionner — un record historique.
- Rien que pour payer les intérêts de la dette (pas pour la rembourser, juste les intérêts), l'État dépense environ 67 milliards d'euros par an. C'est plus que le budget de la Justice et celui de la Défense réunis. Cet argent ne construit ni écoles, ni hôpitaux : il part chez les créanciers.
- Le déficit (ce que l'État dépense en plus de ce qu'il encaisse) est d'environ 150 milliards d'euros par an — comme un foyer qui dépenserait chaque mois 15 % de plus que ce qu'il gagne, en empruntant systématiquement la différence.
Le constat : on ne peut plus continuer à emprunter pour boucler les fins de mois du pays, mais on ne peut pas non plus redresser les comptes en écrasant les Français qui ont déjà du mal à finir le mois. Il faut trouver l'argent ailleurs.
IIOù va concrètement votre argent aujourd'hui ?
C'est la question que personne ne vous explique jamais simplement. Chaque année, l'État, la Sécurité sociale et les collectivités locales dépensent ensemble environ 1 722 milliards d'euros. Voici, pour 1 000 € que vous payez en impôts et en cotisations, où cet argent part réellement (chiffres officiels du budget 2026, arrondis pour la clarté) :
| Poste | Montant sur 1 000 € | Ce que ça finance concrètement |
|---|---|---|
| Retraites | 248 € | Pensions versées aux retraités (pension moyenne : environ 1 666 € brut/mois) |
| Santé | 208 € | Hôpitaux, médecins de ville, médicaments, arrêts maladie |
| Famille, chômage, logement, solidarité | 104 € | Allocations familiales, APL, RSA, allocations chômage |
| Éducation et formation | 88 € | Écoles, collèges, lycées, universités, formation professionnelle |
| Fonctionnement de l'État | 67 € | Salaires des agents publics hors terrain, immobilier, gestion administrative |
| Aides à l'économie | 59 € | Subventions aux entreprises, aides à la rénovation énergétique, crédit d'impôt recherche |
| Intérêts de la dette | 34 € | Rien que les intérêts — ne rembourse pas un centime de la dette elle-même |
| Défense et sécurité extérieure | 30 € | Armée, équipements militaires |
| Sécurité intérieure | 25 € | Police, gendarmerie, justice, pompiers |
| Reste (culture, transports, collectivités locales, outre-mer...) | 137 € | Routes, musées, subventions aux communes et régions, etc. |
Ce tableau permet de comprendre trois choses simplement : 1. Plus de la moitié de votre argent (environ 560 €/1000 €) va à la protection sociale au sens large (retraites, santé, famille, chômage). Ce n'est pas du gaspillage : c'est le choix collectif d'un pays qui protège ses citoyens. Ce n'est donc pas là qu'il faut chercher les économies en premier. 2. Les 67 € de "fonctionnement de l'État" sont la vraie zone où se cache le gaspillage évitable (doublons, structures inefficaces) — c'est précisément ce que vise notre volet "réduire le gaspillage" ci-dessous. 3. Les 34 € d'intérêts de la dette sont de l'argent définitivement perdu, qui aurait pu financer 34 % de plus d'éducation, ou doubler quasiment le budget de la sécurité intérieure. C'est la meilleure preuve, en un seul chiffre, de pourquoi réduire la dette n'est pas une lubie technocratique mais une question de pouvoir d'achat collectif.
Ces montants sont des ordres de grandeur officiels (Loi de finances et Loi de financement de la Sécurité sociale 2026) : certains postes se recoupent légèrement, mais la photographie d'ensemble est fidèle à la réalité.
IIINotre méthode — trois règles simples
- Chaque euro public doit servir à quelque chose. On ne coupe pas au hasard.
- On ne redresse pas la France en tapant sur les classes moyennes et populaires. L'effort porte sur le gaspillage, pas sur les petits budgets.
- On ne rembourse une dette qu'en produisant plus de richesse. Couper sans faire grandir l'économie ne fait que repousser le problème.
IVRéduire le gaspillage, pas les services publics
4.1 Trop d'administrations qui font la même chose
La France compte plus de 1 150 agences et organismes publics en plus des ministères. Beaucoup ont des missions qui se recoupent. Exemple concret documenté par la Cour des comptes : dans le Marais poitevin, trois structures différentes (l'établissement public du Marais poitevin, le parc naturel régional, et l'agence de l'eau Loire-Bretagne) gèrent des missions qui se chevauchent depuis plus de vingt ans — une fusion a été recommandée dès 2018, jamais appliquée. Ce genre de doublon coûte des millions chaque année, pour rien.
Chiffre clé : le fonctionnement de ces agences coûte environ 50 milliards d'euros par an — pas l'argent qu'elles redistribuent aux citoyens, juste leur propre fonctionnement (salaires, locaux, gestion).
Notre proposition, étape par étape : - Année 1 : cartographier précisément les missions de chaque agence pour repérer les doublons évidents (aujourd'hui, personne n'a de vision consolidée de leur coût réel, y compris au Sénat). - Année 2 : fusionner les structures identifiées comme redondantes. - Résultat attendu : réduire de 5 % ces frais de fonctionnement, sans toucher un seul enseignant, soignant ou policier de terrain (qui ne sont pas dans ces agences) — soit environ 2,5 à 3 milliards d'euros par an récupérés.
4.2 La fraude fiscale : arrêtons de promettre des chiffres qu'on n'a pas
On entend souvent "80 à 100 milliards d'euros de fraude fiscale par an". La Cour des comptes elle-même a dit que ce chiffre n'est pas fiable — personne ne le connaît vraiment, faute d'étude sérieuse jamais menée jusqu'au bout.
Ce qu'on sait avec certitude, chiffres à l'appui : - L'État ne récupère aujourd'hui que 11,4 milliards d'euros par an de fraude détectée. - Ce montant stagne depuis dix ans (12,2 Md€ en 2015, 11,4 Md€ en 2025) alors que les impôts collectés, eux, ont augmenté de 44 % sur la même période. - Seuls 30 % des pays de l'OCDE mesurent sérieusement leur "écart fiscal" (l'estimation de tout ce qui devrait rentrer et qui n'entre pas) — la France n'en fait pas partie, malgré les demandes répétées de la Cour des comptes depuis 2019.
Notre proposition concrète, sans promesse magique : - Financer enfin le chiffrage complet de l'écart fiscal, comme le réclame la Cour des comptes. - Redonner des moyens humains au contrôle fiscal. - Objectif réaliste : passer de 11,4 à environ 15-16 milliards d'euros récupérés par an, soit 4 à 5 milliards d'euros de recettes en plus — un objectif vérifiable, pas un slogan.
4.3 Les niches fiscales : viser les grosses, pas s'acharner sur les petites
Il existe environ 470 niches fiscales (réductions d'impôts accordées pour telle ou telle raison), pour un coût total de 88 milliards d'euros par an.
Chiffre essentiel à comprendre : 22 dispositifs seulement, sur les 470, représentent 60 % du coût total — soit environ 53 milliards d'euros à eux seuls. Racler les 450 petites niches restantes (crédit d'impôt pour l'emploi à domicile, dons aux associations, frais de scolarité...) ne rapporterait que quelques centaines de millions : une goutte d'eau, et un coup dur pour des millions de familles modestes qui en bénéficient.
Exemple concret : le "Pacte Dutreil", un avantage fiscal sur la transmission d'entreprises familiales créé en 2003, coûte aujourd'hui environ 5 milliards d'euros par an et n'a jamais été évalué sérieusement depuis sa création — personne ne sait vraiment s'il sert encore à quelque chose d'utile à ce niveau de coût.
Notre proposition concrète : évaluer un par un ces 22 gros dispositifs (pas les petits qui aident les familles ou les artisans), et ne conserver que ceux qui prouvent réellement leur utilité.
4.4 Les cabinets de conseil : la facture a été multipliée par plus de 3 en six ans
Les dépenses de l'État en cabinets de conseil (McKinsey et consorts) sont passées de 764 millions d'euros en 2015 à 2,5 milliards d'euros en 2021 (+22 % par an en moyenne), pour dépasser le milliard d'euros rien que sur l'année 2021. Le Sénat lui-même dénonce l'absence totale de vision d'ensemble : l'État ne sait pas précisément combien chaque ministère dépense sur ce poste. Une partie de ce recours est légitime (expertise ponctuelle sur un sujet technique) — le problème, c'est l'ampleur, l'opacité, et l'absence de transfert de compétence vers l'administration elle-même.
Notre proposition concrète : publier, poste par poste et ministère par ministère, chaque contrat de conseil au-dessus d'un seuil raisonnable, et plafonner la dépense totale. Objectif : ramener la dépense vers 1 milliard d'euros par an environ (son niveau d'avant l'envolée), soit 0,5 à 1 milliard d'euros d'économies par an.
4.5 Le millefeuille territorial : un gisement à confirmer, pas encore à compter
La Cour des comptes chiffre à 26 milliards d'euros par an le coût du millefeuille administratif territorial (communes, intercommunalités, départements, régions qui se coordonnent mal sur des compétences partagées comme le handicap, le logement social ou la sécurité). Par honnêteté : ce chiffre recoupe en partie la logique déjà décrite en 4.1 (agences et doublons), sans qu'on puisse dire aujourd'hui avec certitude dans quelle proportion. Avant d'annoncer un montant d'économie précis, ce programme s'engage à faire réaliser un audit de clarification du périmètre exact dès la première année de mandat (section XXIX) — plutôt que d'annoncer un chiffre choc qu'on ne pourrait pas tenir.
4.6 Le temps de travail dans les collectivités locales : une loi déjà votée, pas toujours appliquée
La durée légale du travail en France est de 1 607 heures par an — y compris dans la fonction publique territoriale, où cette règle est obligatoire depuis une loi de 2019. Pourtant, elle n'est pas appliquée partout. Aligner effectivement toutes les collectivités sur cette durée légale déjà votée représenterait environ 1,3 milliard d'euros d'économies par an, sans qu'il s'agisse d'une mesure nouvelle : c'est simplement faire appliquer une loi qui existe déjà.
4.7 Le CESE et les CESER : une institution consultative au coût contesté par la Cour des comptes elle-même
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) coûte 34,4 millions d'euros par an. Un rapport de la Cour des comptes de juillet 2025 pointe un fonctionnement jugé "peu efficace" : seulement 2 à 3 rapports produits par agent et par an, en grande majorité auto-saisis (le CESE se donne lui-même le sujet, sans que le gouvernement ou le Parlement le lui demande), des rémunérations supérieures d'environ 20 000 €/an à celles d'un agent public comparable, et un conflit d'intérêts structurel (les conseillers votent souvent sur des textes qui concernent directement les organisations qui les ont désignés).
Notre proposition, en deux temps, par honnêteté sur ce qui est faisable rapidement : - Court terme (sans réforme constitutionnelle) : limiter les auto-saisines et aligner les rémunérations — quelques dizaines de millions d'euros d'économies par an, réalisables dès le début du mandat. - Plus long terme : le CESE ayant un statut constitutionnel (3ᵉ assemblée de la République), sa suppression complète (avec les CESER régionaux, soit 85 à 95 millions d'euros d'économies cumulées) demanderait une révision constitutionnelle — un objectif de fin de mandat, pas une promesse immédiate.
4.8 Les subventions aux associations : 49 milliards d'euros sans document de suivi unique
Première évaluation d'ensemble jamais réalisée sur le sujet (IGF et IGESR, juillet 2025) : 49 milliards d'euros de financements publics versés à 314 000 associations en 2023 (53 Md€ en comptant les avantages fiscaux liés aux dons), en hausse de 44 % en seulement quatre ans. Le problème n'est pas le principe — les associations remplissent des missions réelles (social, culture, sport, insertion) — c'est l'absence quasi totale de contrôle et d'évaluation systématique. Il n'existe aujourd'hui aucun document budgétaire unique recensant, chaque année, l'ensemble des associations subventionnées et l'usage réel des fonds.
Notre proposition concrète, sans coupe aveugle qui pénaliserait les associations sérieuses : créer un registre public unique et obligatoire pour toute subvention au-dessus d'un seuil raisonnable, avec compte-rendu d'utilisation des fonds systématique. Ce n'est pas un chiffre d'économie garanti dès aujourd'hui : c'est l'outil qui permettra, dans les années suivantes, d'identifier objectivement ce qui doit être maintenu, réformé ou arrêté — cohérent avec le principe de la clause de revue automatique (4.10).
4.9 L'aide au développement : un problème de pilotage, pas seulement de montant
La France consacre environ 8,2 milliards d'euros par an à l'aide bilatérale au développement (déjà réduite de 2 milliards d'euros en deux ans). Le vrai problème pointé par la Cour des comptes n'est pas le montant, mais l'absence de coordination interministérielle claire — et le maintien de dispositifs jugés inefficaces par l'Inspection générale des finances elle-même, comme le Fonds d'études et d'aide au secteur privé (Fasep). Notre proposition : rationaliser les dispositifs identifiés comme inefficaces par les inspections générales, sans remettre en cause le principe de l'aide humanitaire elle-même — quelques dizaines à quelques centaines de millions d'euros d'économies possibles, à préciser dispositif par dispositif.
4.10 Le système : la clause de revue automatique
Tout ce qui précède — agences (4.1), niches fiscales (4.3), contrats de conseil (4.4), CESE (4.7), subventions associatives (4.8) — partage un même défaut structurel : une fois votée, une dépense publique continue indéfiniment par défaut, sauf décision contraire expresse. C'est pour ça que des rapports comme celui sur le millefeuille territorial (2024) ou sur le CESE (2015, puis 2025) peuvent dénoncer les mêmes problèmes dix ans d'écart sans que rien ne change.
Notre proposition, qui relie tout ce volet en un seul principe : toute dépense publique récurrente significative doit être réévaluée tous les 3 ans par un examen indépendant, avec suspension automatique du financement si elle n'est pas positivement réévaluée, jusqu'à décision expresse du Parlement pour la renouveler. Ce n'est pas une coupe ponctuelle : c'est un changement permanent dans la façon de gérer l'argent public, cohérent avec le principe fondateur de ce programme (section III) — chaque euro public doit continuer à prouver son utilité, pas seulement le jour où il est voté.
VLes retraites — le plus gros poste, mais un problème de recettes, pas d'explosion des dépenses
5.0 Le vrai diagnostic, sans caricature
Les retraites, c'est le premier poste de dépense du pays : 422 milliards d'euros par an, soit 14 % de tout ce que produit la France en un an, devant la santé, devant l'éducation, devant la dette. Un euro public sur quatre part dans les retraites.
Mais voici ce que peu de monde explique clairement : le problème n'est pas que les dépenses explosent. Elles restent stables, autour de 14 à 15 % du PIB, aujourd'hui comme dans 40 ans selon les projections officielles. Le vrai problème, c'est que les recettes s'érodent, pour une raison purement démographique : en 2025, il y a environ 2,5 actifs pour financer chaque retraité ; en 2070, il n'y en aura plus que 1,6. Moins de monde qui cotise, autant de monde qui touche une pension : c'est un problème de financement, pas de gaspillage.
Chiffres clés : - Déficit du système en 2025 : 5,1 milliards d'euros (0,2 % du PIB) — modeste aujourd'hui. - Mais il devrait grimper à 9-11 milliards d'euros par an dès 2027-2028, selon le Conseil d'orientation des retraites (COR). - Pension moyenne : 1 666 € brut par mois. - Minimum vieillesse (ASPA) pour une personne seule sans autre ressource : 1 043,59 € par mois. - Le système est aujourd'hui éclaté en 42 régimes différents selon la profession, ce qui complique la gestion pour tout le monde — actifs, retraités, employeurs.
5.1 La vraie source de gaspillage évitable : le coût de gestion
À cause de cet éclatement en 42 régimes, la France dépense environ 6 milliards d'euros par an rien que pour gérer administrativement le système de retraite, soit 1,92 % du montant des pensions versées. À titre de comparaison, la moyenne européenne est de 1,19 %, l'Allemagne à 1,23 %, la Suède à seulement 0,72 %.
Notre proposition concrète : achever la simplification déjà amorcée (fermeture progressive de certains régimes spéciaux, guichet unique "Union Retraite") pour ramener notre coût de gestion vers la moyenne européenne. Effet chiffré estimé : environ 2 à 2,5 milliards d'euros d'économies par an, sans toucher à un seul euro de pension versée — c'est de la paperasse en moins, pas des droits en moins.
5.2 Notre position sur l'âge de départ : l'honnêteté avant la démagogie
Le COR a lui-même identifié trois leviers possibles pour équilibrer durablement le système : reculer l'âge de départ (jusqu'à 67 ans et 6 mois en moyenne en 2070 dans le scénario le plus dur), baisser les pensions (de 7,4 points), ou augmenter les cotisations (de 5,6 points). Aucune de ces trois options prise seule n'est une solution miracle ni indolore — et tout programme qui prétend le contraire ment.
Notre priorité, cohérente avec notre méthode (efficacité avant le rabot) : 1. Avant de reparler de l'âge légal, agir sur le taux d'emploi des seniors : aujourd'hui, beaucoup de seniors sont sans emploi avant même d'atteindre l'âge de départ — un senior qui retrouve un emploi cotise, ne coûte plus en allocations, et améliore les comptes sans qu'on touche à quoi que ce soit sur le papier. Le Sénat chiffre qu'un point de cotisation supplémentaire (obtenu par exemple via l'emploi des seniors) rapporte 6,7 à 7,1 milliards d'euros au système. 2. Simplifier avant de faire des efforts supplémentaires (voir 5.1) : trouver d'abord l'argent dans la complexité administrative avant de le demander aux Français. 3. Protéger les petites pensions : indexer l'ASPA et les pensions les plus modestes sur l'inflation réelle chaque année, pour que les retraités les plus fragiles ne voient jamais leur niveau de vie reculer. 4. Si, malgré ces efforts, un ajustement supplémentaire reste nécessaire à moyen terme, il devra être débattu ouvertement avec les partenaires sociaux, en répartissant l'effort entre les trois leviers plutôt que de le faire porter uniquement sur l'âge — c'est un choix de société qui ne doit pas être tranché en catimini.
Pourquoi c'est important de le dire simplement
Sans réforme du tout, le niveau de vie des retraités par rapport aux actifs reculerait de lui-même, passant d'environ 100 % aujourd'hui à 90 % en 2070, selon le COR — même sans aucune décision politique nouvelle. Ne rien faire n'est donc pas une option neutre : c'est déjà, en soi, un choix qui dégrade la situation des futurs retraités.
VILa santé — deuxième poste de dépense, premier motif d'inquiétude des Français
6.0 Le diagnostic : de l'argent qui manque, et des soins de plus en plus difficiles à obtenir
La santé, c'est 274,4 milliards d'euros par an (l'ONDAM, le budget voté de l'Assurance maladie — un sous-ensemble de la ligne "Santé" du tableau de la section II, qui inclut aussi d'autres dépenses publiques comme la dépendance), en hausse de 3,1 % rien qu'en 2026 — une progression plus rapide que la richesse produite par le pays. Contrairement aux retraites, ici, les dépenses augmentent vraiment, et plus vite que l'économie.
Chiffres clés sur les comptes : - Déficit de la branche maladie en 2026 : 12,5 milliards d'euros, même après 7,1 milliards d'euros d'économies déjà votées. - Déficit cumulé ("stock") : environ 16 milliards d'euros, dont 13 milliards viennent directement des revalorisations salariales du "Ségur de la santé" (2020) qui n'ont jamais été financées correctement depuis leur annonce. - Les hôpitaux publics eux-mêmes sont en difficulté : leur déficit atteint 2,6 à 2,8 milliards d'euros en 2025, et 56 % des établissements publics de santé sont en déficit.
Mais le vrai scandale, c'est l'accès aux soins, pas seulement l'argent : - 6,4 millions de Français n'ont pas de médecin traitant déclaré. - 87 % du territoire français est aujourd'hui classé en zone de fragilité médicale — et ce n'est plus un problème rural : même certains quartiers de Paris sont concernés. - Le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste est passé de 4 jours en 2019 à 12 jours en 2026 — triplé en sept ans. - Sur les cinq dernières années, 73 % des Français ont renoncé à au moins un soin, faute de rendez-vous, de médecin disponible ou de moyens.
Le paradoxe qu'il faut comprendre simplement : la France compte aujourd'hui plus de médecins qu'en 2010 (+14 %, soit 245 847 au total). Le problème, ce n'est donc pas un manque global de médecins : c'est que le nombre de généralistes installés en libéral, eux, a chuté de 19 % sur la même période (45 468 aujourd'hui, un plancher historique), et qu'ils sont très mal répartis sur le territoire. C'est un problème de répartition et d'attractivité de la médecine de ville, pas un problème de nombre total.
6.1 Lutter contre le vrai gaspillage : la fraude et les arrêts non justifiés
La fraude à l'assurance maladie suit la même logique que la fraude fiscale : on en parle beaucoup, mais on la combat peu. En 2024, seulement 628 millions d'euros ont été récupérés, alors que la fraude est estimée à environ 4,5 milliards d'euros par les autorités elles-mêmes.
Notre proposition concrète : doubler les moyens de contrôle de l'Assurance maladie pour viser un objectif réaliste de 1,2 à 1,5 milliard d'euros récupérés par an, soit environ 0,6 à 0,9 milliard d'euros de recettes en plus — sans toucher aux remboursements des patients honnêtes.
Les arrêts maladie (indemnités journalières) représentent aujourd'hui 18 milliards d'euros par an, en hausse de près de 5 % en un an seulement. Une partie de cette hausse est légitime (vieillissement, pénibilité), mais une partie relève d'un manque de contrôle médical. Notre proposition : renforcer le contrôle médical des arrêts longs (pas les arrêts courts, qui ne pèsent presque rien), sur le modèle de ce que propose déjà l'Assurance maladie elle-même dans son plan pluriannuel — objectif réaliste : 0,5 à 1 milliard d'euros d'économies par an.
6.2 Régler le vrai problème : l'accès aux soins, pas seulement les comptes
Un programme qui ne parlerait que d'argent passerait à côté de l'essentiel pour des millions de Français. Nos propositions concrètes, sans dépense publique massive nouvelle : - Rendre visibles les structures qui existent déjà : de nombreuses maisons de santé pluriprofessionnelles ouvrent chaque année sans que les patients du coin sachent qu'elles existent — un problème de communication locale, pas de moyens, qui coûte presque rien à corriger. - Généraliser la solidarité territoriale entre médecins des zones bien dotées et zones sous-dotées (quelques jours de consultation par mois dans les "zones rouges"), sur le modèle du plan déjà amorcé en 2026. - Accélérer la formation de généralistes plutôt que de spécialistes, pour corriger le déséquilibre qui explique la baisse de 19 % du nombre de généralistes installés. - Développer la téléconsultation encadrée, en particulier pour les renouvellements d'ordonnance et le suivi de pathologies chroniques, pour désengorger les cabinets et les urgences.
6.3 Ne pas répéter l'erreur du Ségur non financé
Le "Ségur de la santé" a revalorisé, à juste titre, les salaires des soignants en 2020 — mais sans prévoir le financement durable de cette dépense, ce qui explique à lui seul 13 des 16 milliards d'euros de déficit cumulé de l'Assurance maladie aujourd'hui. Notre principe pour l'avenir : toute nouvelle dépense de santé engagée doit être financée dès son annonce, pas reportée sur la dette de la génération suivante. C'est exactement la même logique que le reste de ce programme (section III).
VIILe logement et le crédit — la double peine des Français qui veulent devenir propriétaires
7.0 Le diagnostic : des prix qui ne baissent pas, une construction en panne
- Prix moyen dans l'ancien : 2 800 à 3 000 € le m² en moyenne nationale. Dans le neuf : 4 000 à 5 500 € le m² selon les villes — le coût de construction a grimpé de 15 à 20 % depuis 2021.
- La construction est en panne structurelle : seulement 330 000 à 350 000 permis de construire délivrés par an aujourd'hui, contre plus de 470 000 en 2017. Les besoins réels du pays, eux, sont estimés entre 400 000 et 500 000 logements neufs par an. On construit donc nettement moins que ce dont le pays a besoin — un déséquilibre entre l'offre et la demande qui, mécaniquement, maintient les prix élevés.
- Les ventes de logements neufs reculent encore : -14,3 % au premier trimestre 2026 par rapport à l'année précédente, sous la barre symbolique des 20 000 logements vendus sur trois mois.
7.1 Les taux de crédit : ce qu'il faut dire honnêtement
Un couple qui a acheté en 2021 empruntait à environ 1,07 % sur 20 ans. Aujourd'hui, en septembre 2026, le taux moyen tourne autour de 3,35 % à 3,55 % sur 20 ans. Pour un emprunt de 250 000 € sur 20 ans, ça représente une mensualité d'environ 1 430 € aujourd'hui, contre environ 1 160 € au taux de 2021 — soit près de 270 € de plus chaque mois pour emprunter exactement la même somme. C'est une vraie claque pour le pouvoir d'achat de millions de futurs propriétaires, et il faut le reconnaître sans détour.
Mais il faut aussi être honnête sur un point que peu de responsables politiques osent dire : à l'échelle de l'histoire, un taux à 3,35 % n'a rien d'anormal — c'est proche de la moyenne des vingt dernières années (environ 3,5 %), et très loin des plus de 9 % pratiqués dans les années 1990. Le vrai choc, c'est d'être passé brutalement d'une période exceptionnelle de taux quasi nuls (2020-2021) à un retour à la normale historique. Un programme sérieux ne peut pas promettre de ramener les taux à 1 %, parce que ce n'est pas le gouvernement qui fixe les taux de crédit immobilier : ce sont les banques, en fonction du coût auquel elles se refinancent, lui-même indexé sur les taux de la Banque centrale européenne et sur le taux auquel la France elle-même emprunte (l'OAT à 10 ans).
Et c'est là que ce chapitre rejoint directement le cœur de notre programme : l'OAT à 10 ans française est passée de 3,3 % à 4,1 % en seulement un an, notamment à cause de la défiance des marchés financiers envers la trajectoire budgétaire du pays. Autrement dit : quand la France emprunte moins bien parce qu'elle inquiète les marchés, ce sont vos taux de crédit immobilier qui grimpent aussi. Réduire durablement la dette et le déficit, ce n'est donc pas qu'une affaire de comptables : c'est aussi, indirectement mais concrètement, ce qui peut aider à contenir la hausse de vos mensualités de crédit dans les années à venir.
Nos propositions concrètes, sans promettre ce qu'aucun gouvernement ne contrôle : - Ne pas déréguler à l'aveugle les règles prudentielles actuelles (taux d'endettement maximum de 35 %, durée maximale de 25 ans) : ces règles, fixées après la crise de 2019-2021, protègent les emprunteurs eux-mêmes contre le surendettement. Les assouplir sans limite recréerait les conditions d'une bulle du crédit, comme celle qui a précédé la crise de 2008 aux États-Unis. - Élargir, dans un cadre encadré, la marge de flexibilité déjà prévue pour les primo-accédants (aujourd'hui 20 % des dossiers d'une banque peuvent déroger aux règles strictes, dont 30 % réservés aux primo-accédants) : simplifier et rendre plus systématique cette dérogation pour les jeunes ménages qui achètent leur première résidence principale, sans toucher aux garde-fous pour les autres profils. - Renforcer et simplifier le prêt à taux zéro (PTZ) pour l'étendre plus largement au neuf comme à l'ancien avec travaux, en priorité dans les zones où la construction est la plus insuffisante. - Restaurer la crédibilité budgétaire de la France (l'ensemble de ce programme) pour faire baisser la prime de risque sur l'OAT à 10 ans — le seul levier réellement efficace et durable sur les taux, même s'il joue sur plusieurs années et non du jour au lendemain.
7.2 Débloquer la construction : le vrai problème de fond
Le problème de fond n'est pas la démographie (la France ne manque pas de terrains), mais la lenteur et la complexité des procédures — la même logique que pour les usines (volet IX ci-dessous).
Notre proposition concrète : - Simplifier les recours abusifs contre les permis de construire, qui retardent des projets de plusieurs mois voire années sans justification sérieuse dans une partie des cas. - Libérer du foncier public sous-utilisé (terrains de l'État ou de ses opérateurs, souvent identifiés mais jamais mobilisés) pour construire là où le besoin est le plus fort. - Objectif chiffré : revenir vers 400 000 permis de construire par an (contre 330 000-350 000 aujourd'hui), pour se rapprocher du niveau de 2017 et des besoins réels du pays.
VIIIRendre du pouvoir d'achat, avec des vrais chiffres
8.1 Le poids des charges sur le salaire
Exemple concret : un salarié payé au SMIC en 2026. - Salaire brut : 1 867 € par mois. - Environ 22 à 23 % partent en cotisations avant même d'arriver sur le compte : il reste environ 1 430 à 1 450 € net. - L'entreprise, elle, paie en plus environ 40 à 45 % du brut de charges supplémentaires. Résultat : pour verser 1 450 € net, l'employeur dépense en réalité près de 2 600 à 2 700 €.
Autrement dit : sur 100 € que l'entreprise dépense pour un salarié, à peine plus de la moitié finit vraiment dans sa poche.
Notre proposition concrète : baisser ciblément ces cotisations sur les salaires entre le SMIC et environ 2 500 € brut par mois — financée par les économies décrites aux points IV, V et VI (agences, fraude, niches, gestion des retraites, lutte contre la fraude sociale et les arrêts non justifiés), pas par de la dette supplémentaire. Exemple d'effet visé : une baisse de 3 points de charges sur cette tranche représenterait, pour un salarié au SMIC, environ 45 à 55 € de plus par mois sur sa fiche de paie, sans coût supplémentaire pour l'entreprise qui l'emploie.
8.2 Le carburant : stopper la saignée à la pompe
En septembre 2026, le gazole coûte environ 2,30 € le litre et l'essence environ 2,13 € le litre — un plein de 50 litres de gazole revient à environ 115 €, contre environ 100 € il y a un an.
Le problème : la fiscalité française amplifie chaque hausse au lieu de l'amortir. La TVA (20 %) s'applique non seulement sur le prix du carburant, mais aussi sur la taxe qui est déjà dedans (la TICPE) — une "taxe sur la taxe". Plus le pétrole grimpe, plus l'État encaisse automatiquement plus, sans rien faire.
Nos propositions concrètes : - Supprimer la TVA calculée sur la taxe carburant elle-même : plusieurs centimes de moins par litre, immédiatement. - Une aide automatique en cas de flambée mondiale du pétrole : quand le baril grimpe brutalement (comme actuellement, autour de 95-100 $), une partie des recettes supplémentaires de TVA que ça génère est reversée directement aux automobilistes. - Une aide ciblée pour ceux qui n'ont pas le choix (zones rurales, horaires décalés sans transport en commun) plutôt qu'une baisse uniforme, plus juste et moins coûteuse.
8.3 L'énergie : le vrai poids du quotidien
Pour un ménage moyen, logement (loyer ou crédit + charges) et énergie représentent souvent 25 à 35 % du budget mensuel — bien plus que n'importe quel impôt direct. Le logement (prix, construction, taux de crédit) est traité en détail au volet VII. Sur l'énergie :
Notre proposition, sans dépense publique nouvelle : - Investir dans la production française d'énergie (nucléaire, renouvelables) pour dépendre moins des prix internationaux, qui s'envolent à chaque crise géopolitique.
8.4 Protéger contre l'inflation, simplement
Si les seuils d'impôt (à partir de quel revenu on paie plus) ne suivent pas l'inflation, c'est une hausse d'impôt déguisée que personne n'a votée. Notre proposition : ajuster automatiquement ces seuils chaque année sur l'inflation réelle.
IXFaire grandir l'économie — le vrai moteur du désendettement
Une dette se réduit surtout en produisant plus de richesse, parce qu'elle est calculée en pourcentage de ce que le pays produit (le PIB).
Chiffre qui résume tout le problème : ouvrir une usine en France prend en moyenne 17 mois d'autorisations administratives, contre 8 mois en Allemagne — deux fois plus longtemps, pour les mêmes normes européennes. Ce retard coûte, selon la Caisse des dépôts, environ 700 000 € à une PME de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires qui veut s'implanter. Depuis 2019, plusieurs grands projets industriels (Tesla, Intel, Northvolt, TSMC) ont choisi l'Allemagne plutôt que la France, en partie à cause de cette lenteur.
Notre proposition concrète : - Ramener le délai français vers la moyenne allemande en simplifiant les procédures et en coordonnant mieux les différents services qui interviennent (aujourd'hui, 40 % des retards viennent d'un simple manque de coordination entre administrations, pas d'un vrai problème de dossier). - Réorienter la formation professionnelle vers les métiers qui manquent vraiment de bras (santé, industrie, artisanat) plutôt que de disperser l'argent public sur des formations sans débouché. - Simplifier les démarches pour les petites entreprises, qui emploient l'essentiel des salariés en France.
Chaque usine qui s'installe en France plutôt qu'ailleurs, c'est plus d'emplois, plus de cotisations sociales payées, plus d'impôts collectés — sans avoir levé le petit doigt sur la fiscalité.
XL'emploi — le vrai paradoxe du marché du travail français
10.0 Le diagnostic : du chômage qui remonte, et des postes qui restent vides
Le chômage repart à la hausse : il atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026 (2,7 millions de personnes au sens du BIT, 3,3 millions inscrites à France Travail en catégorie A) — son plus haut niveau depuis 2020, après plusieurs années de baisse. Chez les jeunes de 15-24 ans, il grimpe encore plus vite : +2 points en un an seulement, pour atteindre environ 20 %.
Mais voici le vrai paradoxe qu'il faut expliquer simplement : au même moment, plus de 400 000 postes restent vacants faute de candidats qualifiés. Ce n'est pas un manque d'offres d'emploi — c'est un problème d'inadéquation entre les compétences disponibles et celles recherchées. Quelques exemples concrets : - BTP : environ 150 000 postes non pourvus, alors qu'un couvreur ou un plombier-chauffagier qualifié gagne souvent 50 000 à 70 000 € net par an à son compte, et ne connaît quasiment jamais le chômage. - Aide à domicile et santé : plus de 240 000 postes non pourvus — un secteur qui va encore grandir avec le vieillissement de la population (voir volet VI). - Industrie : environ 60 000 postes non pourvus, un chiffre qui a triplé depuis 2017. - Cybersécurité : environ 15 000 postes non pourvus, un secteur d'avenir qui manque cruellement de profils formés.
Chômage qui monte + centaines de milliers de postes vides : ce n'est pas une contradiction, c'est le symptôme d'un système de formation mal orienté.
10.1 Réorienter vraiment la formation, pas juste le dire
Ce constat rejoint directement ce qu'on affirme déjà au volet IX sur la croissance : la France dépense beaucoup en formation professionnelle, mais trop souvent sur des filières qui ne débouchent sur rien, pendant que les métiers qui recrutent vraiment (BTP, santé, industrie, numérique) manquent de candidats formés.
Notre proposition concrète : - Flécher prioritairement les fonds de la formation professionnelle et de l'apprentissage vers les métiers en tension identifiés chaque année par France Travail (la liste existe déjà, elle est simplement trop peu utilisée pour orienter le financement). - Revaloriser l'image et les conditions de travail des métiers manuels et du soin (BTP, aide à domicile) — c'est autant un problème de perception et de conditions de travail que de salaire, comme le montrent les difficultés de recrutement même dans des métiers bien payés. - Accompagnement renforcé pour les jeunes de 15-29 ans, qui contribuent aujourd'hui à près de la moitié de la hausse récente du chômage : miser sur l'alternance et l'apprentissage vers les secteurs en tension plutôt que sur des formations généralistes sans débouché immédiat.
10.2 Un problème de transparence qu'il faut corriger : les ponctions sur l'assurance chômage
Il faut parler d'un sujet que peu de programmes abordent, mais qui illustre bien notre principe de transparence budgétaire (déjà vu au volet VI sur le Ségur de la santé non financé). L'État prélève chaque année environ 4,1 milliards d'euros sur les caisses de l'Unédic (l'organisme paritaire qui gère l'assurance chômage), soit 12 milliards d'euros cumulés entre 2023 et 2026, officiellement pour financer France Travail. Résultat : un régime d'assurance chômage qui serait naturellement excédentaire (l'Unédic prévoit +2,8 milliards d'euros en 2027 et +4,8 milliards en 2028 sans nouveaux prélèvements) se retrouve en déficit artificiel à cause de ces ponctions.
Il faut être honnête sur ce que représente cette mesure : arrêter ces ponctions n'est pas une "économie" au sens où on l'entend dans le reste de ce programme — c'est un transfert comptable entre les caisses de l'État et celles de l'Unédic, qui améliore la situation de l'assurance chômage mais dégrade d'autant les comptes affichés de l'État. Notre proposition : rendre ces prélèvements pleinement transparents et strictement limités dans le temps, pour que les Français sachent exactement qui paie quoi, plutôt que de laisser l'État habiller artificiellement ses propres comptes sur le dos d'une caisse paritaire — cohérent avec notre principe : toute dépense doit être financée par ce qui est annoncé, pas maquillée.
XIL'Union européenne — ce qu'on donne vraiment, ce qu'on reçoit, ce qu'on peut négocier
11.0 Le chiffre qu'on entend, et le chiffre qui compte vraiment
On entend souvent que la France "donne 28 à 30 milliards d'euros par an à l'Union européenne". C'est vrai, mais incomplet : ce montant (28,8 Md€ votés pour 2026) est ce qu'on appelle la contribution brute. Il ne dit rien de ce que la France reçoit en retour.
Le chiffre qui compte vraiment, c'est le solde net — ce qu'on donne moins ce qu'on récupère (aides agricoles de la PAC, fonds de cohésion, plan de relance européen, recherche, etc.) : environ -7,9 milliards d'euros en 2024 (-9,3 Md€ en 2023). C'est quatre fois moins que le chiffre brut qu'on entend le plus souvent. La France reste le 2ᵉ contributeur net de l'UE, loin derrière l'Allemagne (-18,8 Md€), mais devant les Pays-Bas (-4,9 Md€) et l'Italie (-4,7 Md€).
Concrètement, la France a récupéré en moyenne 16,4 milliards d'euros par an entre 2021 et 2024 sous forme de fonds européens (agriculture, cohésion territoriale, recherche, plan de relance). Un programme qui ne parlerait que du montant brut donnerait une image fausse de la réalité — et un adversaire politique un peu sérieux le démonterait en trente secondes.
11.1 Une hausse à surveiller, et un précédent qui montre que la négociation fonctionne
La contribution française augmente fortement ces dernières années (le Brexit a mécaniquement reporté une partie de l'effort britannique sur les pays restants), et elle devrait encore grimper à 32,4 milliards d'euros bruts en 2027.
Bonne nouvelle méthodologique à retenir : la négociation peut fonctionner. En 2026, la France a déjà obtenu une hausse limitée à 5,7 Md€ au lieu des montants initialement prévus par la trajectoire européenne — la preuve qu'un gouvernement qui négocie fermement peut peser sur ces montants, sans sortir de l'UE ni renier ses engagements.
11.2 Le vrai levier : le prochain budget européen se négocie maintenant, et il exige l'unanimité
Contrairement au marché de l'électricité (volet XXIV), où les règles se décident à la majorité qualifiée, le budget européen sur 7 ans (le "cadre financier pluriannuel", CFP) exige l'unanimité des 27 États membres. Chaque pays, y compris la France, dispose donc d'un vrai droit de veto sur ce dossier précis — un levier bien plus puissant que sur l'électricité.
Cette négociation a lieu maintenant, pas dans un futur lointain : la Commission européenne a présenté sa proposition pour le CFP 2028-2034 en juillet 2025, un accord est visé par les 27 avant la fin de l'année 2026, pour une entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2028. Six pays contributeurs nets (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Danemark, Finlande, Suède) ont déjà publié une déclaration commune, fin août 2026, exigeant des coupes dans le budget proposé (1 985 milliards d'euros sur 7 ans) — la France n'a pas rejoint cette coalition.
La position française officielle, déjà posée en mars 2026, est plus mesurée : "faire plus sans augmenter" — c'est-à-dire ne pas laisser filer la contribution française tout en défendant fermement deux priorités déjà identifiées comme "points de vigilance absolus" par le ministre chargé de l'Europe : la souveraineté alimentaire et le revenu des agriculteurs, ce qui rejoint directement le volet XIX de ce programme sur la crise agricole.
Notre position, pour rester cohérents avec le reste de ce programme : réduire brutalement la contribution française serait une fausse bonne idée si cela devait aussi réduire les 16,4 milliards d'euros que la France récupère chaque année — dont l'essentiel de la PAC, déjà identifiée comme vitale pour des agriculteurs en crise (volet XIX). Le bon objectif n'est donc pas "moins donner à tout prix", mais utiliser le droit de veto réel dont dispose la France sur ce dossier précis pour obtenir un meilleur solde net — en bloquant, si nécessaire, un accord qui dégraderait la position française, exactement comme le permet la règle de l'unanimité.
11.3 Nos propositions concrètes
- Utiliser fermement le droit de veto français dans la négociation du CFP 2028-2034 en cours, pour obtenir un meilleur solde net sans sacrifier les financements reçus en retour (PAC, cohésion) — le levier le plus puissant et le plus immédiat dont dispose la France sur ce dossier.
- Continuer à peser, avec d'autres pays contributeurs nets, sur la trajectoire de hausse de la contribution française, sur le modèle de la négociation réussie de 2026.
- Mieux mobiliser les fonds européens auxquels la France a déjà droit (fonds de cohésion, plan de relance, recherche) : une partie de ces enveloppes reste chaque année sous-utilisée faute de dossiers montés à temps par les collectivités et administrations françaises — un manque à gagner évitable, sans négociation nécessaire.
- Ne pas sortir de l'Union européenne : le marché unique et la Politique agricole commune bénéficient directement à l'économie française (en particulier à l'agriculture), et une sortie couperait l'accès à des financements qui rapportent aujourd'hui 16,4 milliards d'euros par an au pays.
Par honnêteté : nous ne mettons pas de chiffre d'économie précis pour ce volet dans le bilan chiffré (section XXVIII), parce que le montant réellement négociable dépend d'un rapport de force européen qui ne se décrète pas depuis Paris seul — ce serait mentir que de promettre un montant exact.
XIIImmigration — ce que disent vraiment les chiffres, sans démagogie
12.0 Ce qui est mesurable, et ce qui est débattu
Sur l'immigration, il y a deux types de chiffres qu'il ne faut surtout pas mélanger : les coûts budgétaires précis et mesurés, et l'impact économique global, qui reste un sujet de débat sérieux entre économistes, y compris à l'OCDE.
Ce qui est chiffré avec précision et non contestable : - La mission budgétaire "Immigration, asile et intégration" représente 2,16 milliards d'euros en 2026. - L'ensemble des politiques publiques liées à l'immigration (accueil, asile, intégration, aide médicale) représente environ 7,8 milliards d'euros, selon le Sénat. - L'Aide médicale d'État (AME), qui permet aux étrangers en situation irrégulière d'accéder aux soins, coûte environ 1,3 à 1,4 milliard d'euros par an (463 000 bénéficiaires) — soit 0,47 % du budget total de l'Assurance maladie (274,4 Md€, volet VI). Ses dépenses ont augmenté de 68 % en dix ans.
Ce qui est réellement débattu, et qu'un programme honnête ne peut pas trancher d'un trait de plume : l'impact global de l'immigration sur l'ensemble des finances publiques. Une étude de référence de l'OCDE (2021) situe la contribution budgétaire nette de l'immigration, pour la plupart des pays étudiés, entre -1 % et +1 % du PIB — un effet globalement faible dans un sens comme dans l'autre. Pour la France spécifiquement, les résultats varient selon la méthode retenue : +1,02 % du PIB dans un calcul, -0,85 % du PIB dans un autre, la différence tenant à la manière de répartir les dépenses collectives (défense, dette) entre immigrés et natifs. Tout programme qui affirme connaître "le vrai chiffre" avec certitude simplifie une réalité que les économistes eux-mêmes n'arrivent pas à trancher définitivement.
12.1 Notre doctrine : une immigration pilotée, pas stoppée ni subie
Ce programme ne propose pas de fermer les frontières, et il faut le dire clairement. Un pays qui doit d'abord retrouver l'équilibre de ses propres comptes (volet I), reconstruire ses services publics (volets V, VI, XIV) et régler une crise du logement (volet VII) a la responsabilité de calibrer ce qu'il peut réellement offrir, pour continuer à le faire dans la durée — pas par fermeture de principe, mais parce qu'un accueil mal maîtrisé finit par fragiliser la capacité même du pays à bien accueillir. L'objectif n'est donc pas moins d'immigration par principe, mais une immigration choisie, dont l'intégration économique est réussie — cohérent avec le paradoxe déjà documenté au volet X : plus de 400 000 postes non pourvus en France, dont beaucoup pourraient être occupés par une immigration de travail mieux orientée.
12.2 Le vrai scandale chiffré : les décisions d'éloignement qui ne sont jamais exécutées
Le vrai problème n'est pas le nombre de titres de séjour accordés, c'est l'écart entre la loi et son application. Les chiffres sont sans appel : - 130 000 obligations de quitter le territoire français (OQTF) ont été prononcées en 2024 — mais seulement 10,9 % ont été exécutées en 2025, soit environ 15 000. La France se classe largement sous la moyenne européenne, où le taux d'exécution atteint 27,5 % — la France fait donc deux fois moins bien que la moyenne de ses voisins sur ce sujet précis. - Environ 20 à 24 % des OQTF sont annulées par les tribunaux — un niveau qui interroge sur la solidité juridique des décisions prises en amont, pas seulement sur leur exécution. - Le dispositif d'aide au retour volontaire reste largement sous-utilisé : les centres de préparation au départ, qui disposent de 2 000 places, n'affichent qu'un taux d'occupation de 40 %. La cible de 8 000 départs aidés par an n'a pas été atteinte (4 675 en 2024) — alors même que la structure existe déjà et coûte de l'argent qu'on utilise mal, exactement le même défaut d'exécution que celui déjà dénoncé pour les bracelets électroniques inutilisés (volet XIII). - L'obstacle principal reste le manque de coopération de certains pays d'origine, qui refusent de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires à l'éloignement de leurs propres ressortissants — un rapport de force diplomatique, pas seulement un problème administratif français.
Notre proposition concrète : - Conditionner une partie de la politique de visas et de la coopération bilatérale à la délivrance effective des laissez-passer consulaires, pour les pays qui refusent aujourd'hui de coopérer sur les retours de leurs propres ressortissants. - Mobiliser pleinement les centres de préparation au départ déjà financés, plutôt que de les laisser occupés à 40 % de leur capacité — un gaspillage de moyens déjà votés, cohérent avec le principe fondateur de ce programme (section III). - Sécuriser juridiquement les décisions d'OQTF en amont, pour réduire le taux d'annulation par les tribunaux, qui affaiblit la crédibilité de la procédure autant que le manque d'exécution lui-même. - Réduire les délais de traitement des demandes d'asile : des délais plus courts coûtent moins cher en hébergement et en accompagnement prolongés, et sont plus justes pour les demandeurs eux-mêmes, qui restent aujourd'hui parfois des mois dans l'incertitude. - Réformer l'AME vers plus de transparence et de contrôle, sur le modèle de la lutte contre la fraude déjà proposée pour l'Assurance maladie (volet VI) — sans supprimer l'accès aux soins d'urgence, qui protège aussi la santé publique de l'ensemble de la population (une maladie contagieuse non soignée ne s'arrête pas aux papiers d'identité). - Orienter l'intégration professionnelle des personnes en situation régulière vers les métiers en tension identifiés au volet X (BTP, aide à domicile, santé) : c'est le seul levier sur lequel un consensus économique existe réellement — plus une personne travaille et cotise, plus sa contribution nette aux finances publiques s'améliore, ce que confirment aussi bien les études les plus critiques que les plus favorables sur le sujet.
Par honnêteté, là encore : aucun chiffre d'économie n'est ajouté au bilan chiffré pour ce volet, parce que la littérature économique elle-même ne permet pas de donner un montant net fiable et non contesté.
XIIISécurité et justice — quand l'argent monte mais que les résultats stagnent
13.0 Le diagnostic : des budgets en forte hausse, un système qui craque quand même
Un chiffre, publié en juillet 2026, résume mieux que tout le reste l'ampleur du problème : la France est tombée à la 99ᵉ place sur 163 pays dans le classement mondial de la paix et de la sécurité (Global Peace Index, Institute for Economics & Peace) — une chute de 25 places en un an, et de 46ᵉ à 99ᵉ en dix ans. La France devient ainsi le pays le moins bien classé d'Europe occidentale, derrière des pays comme le Maroc, le Costa Rica ou la Sierra Leone.
Deux précisions honnêtes s'imposent avant d'aller plus loin, pour ne pas déformer ce que dit vraiment ce classement : - Ce n'est pas un classement de la seule délinquance : il agrège 23 indicateurs, dont l'engagement militaire à l'étranger, la stabilité politique et les tensions sociales internes — le rapport cite explicitement les manifestations "Bloquons tout" de septembre 2025 (plus de 300 arrestations) parmi les facteurs du recul français, pas seulement la criminalité de rue. - Le volet spécifiquement "sûreté et sécurité" de l'indice s'est dégradé de 2 % sur l'année, ce que le rapport attribue précisément à "une hausse de la criminalité violente et une perception accrue de la criminalité" — c'est ce volet-là qui rejoint directement les chiffres déjà présentés ci-dessous, et qui doit nous occuper.
Ce classement confirme, à l'échelle internationale, ce que les chiffres nationaux montraient déjà : - Sur la sécurité : le budget police + gendarmerie a augmenté de 33 % depuis 2016 (24,4 Md€ en 2024, dont 13,4 Md€ pour la police et 11 Md€ pour la gendarmerie), avec 15 Md€ supplémentaires prévus sur 2023-2027 (loi LOPMI) et un objectif de +7 100 agents d'ici 2027. Malgré ça : - Les violences graves progressent fortement : coups et blessures volontaires +60 %, violences intrafamiliales +115 %, violences sexuelles +136 %, usage de stupéfiants +55 %, tentatives d'homicide +90 %. - En même temps, les atteintes aux biens reculent (cambriolages -10 %, vols de véhicules -16 %) — la délinquance change de nature, elle ne diminue pas uniformément. - Le vrai problème caché, c'est le turnover : la police nationale a connu 10 840 départs en 2022 (+33 % en quatre ans), la gendarmerie 15 078 (+25 %) — recruter ne sert à rien si on ne retient pas les effectifs déjà formés. - 239 nouvelles brigades de gendarmerie annoncées : seulement 80 ouvertes en 2024, aucune des 57 prévues pour 2025 — faute d'effectifs suffisants pour les armer, pas faute de budget.
Sur la justice : le budget a augmenté de 40 % depuis 2017 (10,7 Md€ en 2026), avec 1 500 postes de magistrats et 1 500 greffiers prévus sur 2023-2027. Malgré ça : - Il manque encore 13 % des magistrats prévus au siège des tribunaux judiciaires, et 10 % au parquet — les postes budgétaires existent, mais restent vacants. - Les délais restent énormes : 12 mois pour un jugement en première instance, 16 mois en appel, 20 mois en cassation, et minimum 2 ans pour un divorce contentieux. - La surpopulation carcérale atteint un niveau critique : 88 654 détenus pour 63 322 places, soit une densité de 140 % (172,6 % dans les maisons d'arrêt). Les matelas au sol ont augmenté de 60 % en un an. Le stock de dossiers criminels en attente de jugement atteint 6 000 fin 2025 (+22 % sur la seule année 2025) — au point que des magistrats alertent sur le risque de devoir libérer des criminels faute de pouvoir les juger à temps en 2026. - Paradoxe frappant : 11 000 bracelets électroniques et 1 500 places de "placement extérieur" restent inutilisés, alors que les prisons débordent — un problème d'organisation, pas de moyens.
Le message à retenir, cohérent avec tout ce programme : l'argent public a déjà beaucoup augmenté sur ces deux missions ces dernières années. Le problème n'est donc pas uniquement un problème de budget — c'est aussi, et peut-être surtout, un problème d'exécution, d'attractivité des métiers et de priorisation. Le classement international ne fait que confirmer, avec un poids symbolique fort, ce que les chiffres nationaux documentaient déjà : la France ne peut plus se permettre de traiter ce sujet comme secondaire.
13.1 Nos propositions concrètes
- Achever, sans y ajouter de promesses non financées, les trajectoires déjà votées (LOPMI et LOPJ) : +7 100 agents de sécurité et +1 500 magistrats d'ici 2027 — un objectif déjà budgété qu'il faut simplement tenir, plutôt que d'en annoncer un plus grand qui ne serait pas finançable.
- S'attaquer au vrai problème du turnover : améliorer les conditions de travail et la progression de carrière plutôt que de se concentrer uniquement sur le recrutement — recruter pour compenser des départs records ne fait qu'entretenir un cercle vicieux.
- Mobiliser immédiatement les dispositifs déjà existants et sous-utilisés (bracelets électroniques, placements extérieurs, travaux d'intérêt général) pour désengorger les prisons sans attendre la construction de nouvelles places — une mesure quasi gratuite, freinée aujourd'hui par un manque de coordination administrative, pas par un manque d'argent.
- Prioriser les 9 cours d'appel qui concentrent plus de la moitié du stock national de dossiers criminels en attente, plutôt que de saupoudrer les moyens supplémentaires uniformément sur tout le territoire.
- Accélérer la construction des places de prison manquantes en généralisant les méthodes de construction modulaire "hors site" déjà engagées par l'administration pénitentiaire — la même logique que la simplification des délais de construction déjà proposée pour le logement et l'industrie (volets VII et IX), appliquée ici aux bâtiments publics.
13.2 Sécurité et image du pays : ce qui se joue avec le tourisme
La France reste, et de loin, la première destination touristique mondiale : 102 millions de visiteurs internationaux en 2025, un record de 77,5 milliards d'euros de recettes, et près de 2 millions d'emplois — soit environ 8 % du PIB français. C'est l'un des rares secteurs où la France dispose d'un avantage comparatif durable face au reste du monde. La sécurité — réelle et perçue — n'est donc pas un sujet annexe pour ce secteur : c'est une condition de sa pérennité, d'autant plus depuis le recul du pays au classement mondial de la paix (13.0).
Un point à ne pas mélanger, par souci de précision : le recul de la France au Global Peace Index (13.0) reflète surtout la criminalité violente à l'échelle nationale, pas spécifiquement la petite délinquance touristique — d'ailleurs, d'autres classements centrés sur les conditions de voyage continuent de plutôt bien noter la France. Le vrai visage du problème touristique, factuellement : l'insécurité qui touche spécifiquement les touristes n'est presque jamais la violence grave, mais le vol à la tire, les arnaques de rue et les vols de bagages, concentrés autour d'un nombre limité de lieux très identifiés — Tour Eiffel, Louvre, Montmartre, et la ligne 1 du métro parisien. Bonne nouvelle à ne pas cacher : la Préfecture de Police constate déjà un recul durable de cette délinquance dans les zones hyper-touristiques, attribué au renforcement de la vidéoprotection et à la densification des patrouilles — la preuve que quand on concentre les moyens au bon endroit, ça fonctionne.
Notre position, sans démagogie mais sans faiblesse : - Généraliser ce qui marche déjà, plutôt que d'en rester à un succès localisé : renforcer la présence policière visible et la vidéoprotection sur l'ensemble des grands sites touristiques et axes de transit identifiés comme points chauds, pas seulement à Paris. - La vraie fermeté, c'est la certitude et la rapidité de la réponse pénale, pas seulement la sévérité affichée sur le papier. Un vol à la tire jugé et sanctionné en quelques jours (comparution immédiate) dissuade infiniment plus qu'une peine lourde prononcée dix-huit mois plus tard, quand le délai moyen de jugement en France atteint aujourd'hui 12 mois (section 13.0). C'est cohérent avec notre diagnostic : le problème n'est pas l'absence de lois sévères, c'est la lenteur et l'inconstance de leur application. - Zéro tolérance pour la récidive spécifique sur ces zones (vols répétés visant les touristes), avec un traitement judiciaire prioritaire — sur le même principe que la priorisation des 9 cours d'appel les plus engorgées déjà proposée (section 13.1). - Coordination renforcée entre police, RATP et opérateurs de sites touristiques sur les points chauds déjà identifiés (ligne 1, abords des grands monuments), pour intervenir plus vite plutôt que de multiplier les effectifs partout de façon uniforme et coûteuse.
Notre conviction : l'image de sécurité d'un pays ne se restaure pas par des annonces, mais par une amélioration mesurable et durable, quartier par quartier, qui finit par se voir dans les enquêtes de satisfaction des visiteurs et dans les statistiques elles-mêmes — exactement la méthode qui commence déjà à porter ses fruits à Paris, et qu'il faut désormais généraliser.
13.3 La lutte contre le narcotrafic : le vrai moteur de la violence
Le trafic de stupéfiants n'est pas un sujet parmi d'autres dans ce volet : c'est aujourd'hui l'un des principaux moteurs de la violence documentée plus haut (13.0). Les chiffres parlent d'eux-mêmes : - La France compte environ 3 000 points de deal recensés, touchant 8 communes sur 10. En 2024, 52 300 personnes ont été mises en cause pour trafic, en hausse de 7 % sur un an. - 110 personnes ont perdu la vie à cause du narcotrafic en 2024, et 341 ont été blessées — un bilan humain sous-estimé dans le débat public, souvent réduit à la seule question des saisies. - La consommation a explosé : le nombre de consommateurs de cocaïne ou d'ecstasy est passé de 400 000 à 750 000 personnes par an entre 2019 et 2023 — près d'un doublement en quatre ans. La moitié des Français ont déjà consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie. - Les saisies de cocaïne ont été multipliées par 5,7 en treize ans (23,5 tonnes en 2023, contre 4,1 tonnes en 2010) — un signe à la fois d'un trafic en expansion et d'une réponse policière qui s'intensifie, sans que l'un ne compense l'autre pour l'instant. - Exemple local qui illustre l'ampleur du phénomène : en Seine-Saint-Denis, le trafic génère environ 600 millions d'euros par an, et les homicides liés au narcotrafic y ont triplé en 2024 (15 morts, 73 tentatives).
Une loi contre le narcotrafic a été promulguée en juin 2025, créant un parquet national anticriminalité organisée, un statut de "repenti" et des prisons renforcées pour les têtes de réseaux — une base sérieuse, à faire vivre plutôt qu'à réinventer.
Notre proposition concrète, cohérente avec la méthode de ce programme : - Cibler les contrôles plutôt que les multiplier au hasard : mieux croiser les informations déjà détenues par différentes administrations (douanes, fisc, CAF) pour identifier les trains de vie suspects, plutôt que des contrôles aléatoires coûteux et peu efficaces. - Utiliser les outils numériques pour remonter aux points de deal via les réseaux sociaux, où une grande partie du recrutement et de la vente se déplace aujourd'hui — cohérent avec le volet XX sur le numérique. - Renforcer la coopération internationale et européenne pour démanteler les réseaux d'approvisionnement en amont, plutôt que de se limiter à la répression en bout de chaîne. - Investir dans la prévention et la réinsertion des consommateurs, pas seulement dans la répression des trafiquants : une partie de la demande s'explique par des addictions non traitées, et une politique qui ignore ce volet ne s'attaque qu'à la moitié du problème. - Faire vivre pleinement les nouveaux outils de la loi de juin 2025 (parquet spécialisé, statut de repenti) avant d'en réclamer de nouveaux — la loi est récente, elle mérite d'être évaluée avant d'être réformée à nouveau.
Par cohérence avec le reste du programme : nous n'ajoutons pas de chiffre d'économie ou de coût supplémentaire à ce volet dans le bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit ici avant tout de mieux exécuter des budgets déjà votés, pas de trouver de nouvelles recettes ou d'engager de nouvelles dépenses.
13.4 La santé mentale des forces de l'ordre : une consultation psychologique obligatoire, deux fois par an
C'est l'un des sujets les plus graves de ce programme, et il est trop souvent traité comme un fait divers plutôt que comme une urgence structurelle. Les chiffres sont sans appel : - Plus de 1 100 policiers se sont suicidés au cours des 25 dernières années, soit environ 44 par an en moyenne — un taux de suicide supérieur d'environ 50 % à celui du reste de la population. - La tendance s'aggrave nettement : 27 suicides recensés en 2024, déjà 20 au premier semestre 2025 (contre 12 sur la même période en 2024), et de nouveau 20 dès le début de l'année 2026 — dont un cluster tragique de quatre suicides en seulement 48 heures durant l'été 2026. - 24 % des policiers interrogés déclarent avoir déjà eu des pensées suicidaires, et 39 % se disent en détresse psychique (baromètre santé MGP). - Le service dédié (SSPO) ne compte que 310 psychologues pour environ 150 000 policiers — un ratio d'environ un psychologue pour 500 agents, très en dessous du besoin réel. Le Sénat a proposé de porter ce nombre à 400, un renforcement réel mais qui reste très en deçà de ce qu'exigerait une consultation systématique. - Un fait difficilement justifiable : le budget du programme de mobilisation contre le suicide dans la police est passé de 2,89 millions d'euros en 2024 à 1,6 million en 2025, et reconduit à ce niveau en 2026 — une baisse de budget en pleine aggravation du phénomène. - Dans la gendarmerie, le dispositif existe mais reste freiné par une culture où consulter un psychologue est encore perçu comme une faiblesse, selon les représentants syndicaux eux-mêmes.
Notre proposition concrète : rendre obligatoire, pour l'ensemble des forces de l'ordre (police, gendarmerie, et corps assimilés), une consultation auprès d'un psychologue agréé au moins deux fois par an, sans exception et sans démarche volontaire à engager soi-même. C'est précisément le caractère obligatoire et systématique qui change tout : il retire la consultation du psychologue au champ de la "faiblesse" individuelle pour en faire une visite de suivi normale, au même titre qu'une visite médicale — exactement ce que réclament les acteurs de terrain eux-mêmes quand ils pointent le poids de la culture du silence.
Ce que cette mesure implique, pour rester honnêtes sur sa faisabilité : - Elle nécessite un investissement réel et immédiat dans le recrutement de psychologues agréés, bien au-delà des +90 postes déjà proposés au Sénat — un passage de 310 à plusieurs centaines de professionnels supplémentaires sera nécessaire pour absorber une consultation biannuelle de l'ensemble des effectifs (plus de 250 000 agents entre police et gendarmerie). - La confidentialité doit être garantie par la loi : ces consultations ne doivent jamais pouvoir être utilisées contre l'agent dans sa carrière, sous peine de recréer la même culture de dissimulation qu'aujourd'hui. - Le budget de la mobilisation contre le suicide doit être immédiatement rétabli et renforcé, pas maintenu à son niveau actuel alors que les décès continuent d'augmenter. - Le réseau des "sentinelles" (plus de 2 500 collègues déjà formés à repérer les signes de détresse) doit être maintenu et renforcé en complément, pas remplacé par l'obligation biannuelle — les deux dispositifs sont complémentaires, pas substituables l'un à l'autre.
Par cohérence avec le reste du programme : cette mesure a un coût réel (recrutement de psychologues supplémentaires) qui n'est pas chiffré précisément ici, faute de données publiques suffisantes sur le coût unitaire d'un tel dispositif à cette échelle — un chiffrage complet serait annoncé après audit, pas improvisé pour les besoins de ce programme.
13.5 Délinquance des mineurs : deux paliers seulement — moins de 13 ans, et 13 ans et plus
C'est un sujet d'actualité brûlante : en février 2026, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et le garde des Sceaux Gérald Darmanin ont tous deux publiquement remis en cause l'"excuse de minorité", dans le contexte du procès d'un adolescent de 15 ans recruté par la criminalité organisée marseillaise. Le débat est réel, légitime, et ce programme ne va pas l'esquiver — mais il faut le construire en sachant précisément où se situe la ligne juridique, et l'assumer en connaissance de cause.
Le mur constitutionnel à connaître avant toute chose : l'atténuation de responsabilité pénale des mineurs "en fonction de leur âge" est un principe fondamental reconnu par les lois de la République (PFRLR), reconnu par le Conseil constitutionnel dès 2002 et reconfirmé en juin 2026. Une loi qui punirait "tout mineur" comme un adulte, sans aucune distinction d'âge, serait très probablement censurée avant même d'entrer en vigueur — le Sénat en a fait l'expérience récente : sur une proposition de loi comparable (texte Gabriel Attal), c'est le rapporteur lui-même, avocat pénaliste issu de la droite, qui a jugé qu'une large partie des mesures n'étaient "pas constitutionnelles ou techniquement inapplicables."
Ce qui existe aujourd'hui : trois tranches d'âge, pas deux. Depuis 2021, le droit français distingue moins de 13 ans (présomption de non-discernement), 13-16 ans (discernement présumé, excuse de minorité automatique) et 16-18 ans (discernement présumé, excuse de minorité pouvant être totalement écartée par un juge à titre exceptionnel). Un fait qui nuance l'idée d'un droit français laxiste : la France est régulièrement critiquée par l'ONU pour ne pas avoir de seuil plancher fixe, contrairement à 12 pays de l'UE (8 ans en Écosse, 10 en Angleterre, 14 en Allemagne et en Espagne) — le droit français évalue déjà le discernement au cas par cas, y compris en théorie en dessous de 13 ans.
Notre position : supprimer la tranche intermédiaire 13-16 ans, pour ne garder que deux paliers — moins de 13 ans, et 13 ans et plus, ce dernier régi par les mêmes règles qu'aujourd'hui les 16-18 ans (discernement présumé, excuse de minorité pouvant être totalement écartée pour les crimes et délits les plus graves ou en cas de multirécidive). Nous assumons cette position fermement, tout en étant transparents sur son niveau de risque juridique, qui est réel et plus élevé que le simple maintien du seuil de 16 ans : - Ce que dit le principe constitutionnel : l'atténuation de responsabilité doit être graduée "en fonction de l'âge" — c'est l'existence même de plusieurs tranches qui a, jusqu'ici, permis au Conseil constitutionnel de valider le dispositif. Fusionner 13-16 ans avec 16-18 ans réduit cette gradation à deux paliers au lieu de trois, ce qui n'a jamais été testé devant le Conseil constitutionnel et constitue, à ce jour, une zone grise juridique plutôt qu'une certitude. - Ce qui maximise les chances de tenir juridiquement, et que nous proposons de conserver malgré la fusion des tranches : que l'écartement de l'excuse de minorité reste, pour l'ensemble des 13 ans et plus, une décision motivée au cas par cas par un juge, jamais une règle automatique — la jurisprudence constitutionnelle existante s'appuie précisément sur ce caractère individualisé et exceptionnel pour valider le dispositif des 16-18 ans ; une version automatique, elle, serait certainement censurée, quel que soit l'âge concerné. - Accélérer systématiquement le délai de jugement des mineurs multirécidivistes, sur le même principe que la comparution immédiate déjà proposée pour les majeurs (13.2). - Ne jamais toucher à la présomption de non-discernement des moins de 13 ans, qui n'est remise en cause par aucun des ministres portant ce débat, y compris les plus fermes sur le sujet — c'est la seule ligne rouge qui reste. - Communiquer honnêtement sur le niveau de risque juridique de cette position : ce programme assume une position plus ferme que ce qui est aujourd'hui juridiquement certain, et le dit clairement plutôt que de prétendre qu'aucune censure n'est possible — une promesse présentée comme acquise alors qu'elle ne l'est pas fragiliserait la crédibilité de tout le reste de ce programme.
Par cohérence avec le reste du programme : ce point ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit d'un durcissement du cadre judiciaire existant, pas d'une dépense nouvelle.
13.6 Revoir l'ensemble du Code pénal : un vrai chantier, à la bonne échelle de temps
Le constat qui justifie cette mesure est réel, documenté, et largement partagé par les praticiens du droit eux-mêmes. La France souffre d'une véritable "inflation législative" en matière pénale : 87 % des crimes figurent dans le Code pénal, mais seulement un tiers des délits — plus de 3 600 délits et une soixantaine de types de crimes sont dispersés dans d'autres codes ou dans des textes non codifiés, votés au fil des décennies sans vision d'ensemble. Rien que pour la procédure pénale, 79 lois sont venues modifier le code depuis 2000 — une tous les quatre mois en moyenne — aboutissant à ce que les spécialistes eux-mêmes appellent une "sédimentation désordonnée." Le Conseil d'État l'a documenté depuis longtemps : cette instabilité des textes complique le travail des juges, allonge les délais de jugement (déjà dénoncés au 13.0) et rend le droit plus difficile à connaître, y compris pour les citoyens censés le respecter.
Une bonne nouvelle à signaler avant tout : ce chantier a déjà commencé, sans attendre ce programme. Une ordonnance du 19 novembre 2025 a lancé la réécriture intégrale du Code de procédure pénale, avec un nouveau plan en huit parties et une règle simple imposée à chaque article ("une idée, un article"). Mais son entrée en vigueur n'est prévue qu'au 1ᵉʳ janvier 2029 — largement au-delà d'un seul mandat de 5 ans, pour la seule procédure pénale, qui n'est qu'une partie du chantier.
Notre position, avec la même honnêteté que pour la dette (volet XXX) : une refonte complète du Code pénal n'est pas un chantier de 5 ans, et prétendre le contraire serait mentir. Le précédent historique est clair : la dernière grande réforme du Code pénal (celle de 1992, entrée en vigueur en 1994, qui a remplacé le code napoléonien de 1810) a nécessité environ 20 ans de travaux, depuis l'installation de la première commission de révision en 1974. Ce programme s'engage donc sur une méthode réaliste, pas sur une promesse intenable : - Soutenir et accélérer le chantier de réécriture du Code de procédure pénale déjà engagé, pour tenir l'échéance de 2029 plutôt que de la laisser glisser. - Lancer, dès la première année de mandat, une commission de révision du Code pénal lui-même (distinct de la procédure pénale), sur le modèle de celle installée en 1974 — pour établir un diagnostic complet et un calendrier réaliste, plutôt que d'annoncer une réécriture générale sans méthode. - Prioriser, sur les 5 ans du mandat, la consolidation des délits et crimes aujourd'hui dispersés hors du Code pénal dans les domaines déjà identifiés comme prioritaires par ce programme (narcotrafic 13.3, justice des mineurs 13.5) — un travail ciblé et réalisable, plutôt qu'une réécriture générale improvisée. - Imposer, pour toute nouvelle loi pénale votée pendant le mandat, la règle déjà retenue pour la procédure pénale ("une idée, un article") — pour arrêter d'aggraver le problème pendant qu'on le corrige. - Rendre compte chaque année au Parlement de l'avancement de ce chantier, avec un objectif clair : que la refonte complète soit engagée sur une trajectoire de 15 à 20 ans, cohérente avec le précédent historique — le même principe que la trajectoire sur 20 ans déjà retenue pour la dette (volet XXX) : un effort réaliste et tenu dans la durée, pas un chiffre choc qu'on ne pourra pas tenir.
Par cohérence avec le reste du programme : ce point ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit d'un chantier institutionnel de long terme, dont le coût précis dépendra du périmètre retenu par la commission de révision proposée.
XIVÉducation — le même symptôme que partout ailleurs : plus d'argent, moins de résultats
14.0 Le diagnostic : un budget en forte hausse, un niveau qui s'effondre
Le budget de l'école a augmenté de 18,8 % depuis 2019 (+12,13 milliards d'euros), pour atteindre 63 milliards d'euros en 2026 (hors pensions des enseignants ; 197 milliards d'euros si on compte toute la dépense d'éducation, tous niveaux et financeurs confondus). Le taux d'encadrement s'améliore aussi sur le papier : 6,24 professeurs pour 100 élèves à la rentrée 2026, contre 5,46 en 2017, et le nombre moyen d'élèves par classe (21 dans le public) est à son plus bas niveau historique.
Et pourtant, les résultats scolaires s'effondrent. Les résultats de l'enquête PISA 2025 de l'OCDE, publiés le 8 septembre 2026, montrent un niveau au plus bas depuis le lancement de l'enquête il y a plus de vingt ans : - Mathématiques : 458 points, contre 474 en 2022 (-16 points en trois ans), la France au 34ᵉ rang sur 91 pays. - Compréhension de l'écrit (lecture) : 456 points, contre 474 en 2022 (-18 points). - Sciences : 483 points, plus stable mais toujours en léger recul. - Au global, la France se classe autour de la 27ᵉ place sur 91 pays et territoires — dans la moyenne OCDE, mais sur une pente descendante continue depuis dix ans.
Le vrai problème n'est donc pas uniquement financier — même schéma que la santé, la sécurité et la justice : 45 % des élèves de 15 ans sont scolarisés dans un établissement touché par une pénurie de personnel pédagogique (contre 39 % en moyenne dans les pays de l'OCDE). Un syndicat enseignant (SNES-FSU) rapporte que près des deux tiers du personnel ont pensé à démissionner ces deux dernières années. Les matières les plus touchées par le manque d'enseignants sont, sans surprise, les plus stratégiques : le français et les mathématiques, exactement celles où le niveau s'effondre le plus.
Un facteur nouveau identifié par l'OCDE elle-même mérite d'être noté avec prudence : les élèves qui obtiennent les meilleurs scores en sciences sont ceux qui n'utilisent jamais l'intelligence artificielle générative pour leurs devoirs. En France, seuls 2 adolescents sur 10 déclarent ne jamais y recourir. Ce lien est encore récent et mérite d'être suivi, mais il pose une vraie question pour l'école de demain.
14.1 Nos propositions concrètes
Le constat commun à ce programme se confirme une nouvelle fois : mettre plus d'argent ne suffit pas si le problème central — ici, attirer et garder des enseignants qualifiés en français et en mathématiques — n'est pas traité.
- Traiter le métier d'enseignant comme un métier en tension prioritaire (volet X) : cibler spécifiquement le recrutement et la formation en français et en mathématiques, les disciplines les plus déficitaires, plutôt que de disperser l'effort uniformément.
- Utiliser intelligemment la baisse démographique : la France va perdre un million d'élèves entre 2019 et 2029 (150 000 rien qu'à la rentrée 2026). Plutôt que de supprimer des postes au même rythme que la baisse des effectifs, réorienter les moyens libérés vers les besoins les plus criants : remplacement effectif des absences, renforcement en REP/REP+ (1,1 million d'écoliers, soit 1 écolier du public sur 5), et réduction ciblée de la pénurie en français et en mathématiques.
- Encadrer clairement l'usage de l'intelligence artificielle générative à l'école, en s'appuyant sur les constats de l'OCDE, plutôt que de laisser chaque établissement gérer seul un sujet aussi nouveau.
- Améliorer les conditions de travail des enseignants, pas seulement leur rémunération (déjà en hausse avec le budget) : c'est la même logique que pour la police, la gendarmerie et la santé — un problème d'attractivité et de fidélisation, pas uniquement de salaire.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit de mieux orienter des moyens déjà en forte hausse (+18,8 % depuis 2019), pas d'en demander de nouveaux.
XVÉcologie et énergie — une vraie réussite électrique, un vrai retard climatique
15.0 Le diagnostic : la bonne nouvelle électrique, et le mauvais élève climatique
Commençons par ce qui marche, parce qu'on l'entend rarement : l'électricité française est l'une des moins carbonées d'Europe. 93 à 95 % de sa production est bas-carbone : environ 65 à 68 % de nucléaire, complété par des renouvelables en progression (hydraulique, éolien, solaire) qui représentent aujourd'hui près de 28 % du mix électrique. C'est un atout industriel et écologique réel, hérité de choix pris il y a 40 ans.
Mais deux vrais problèmes se cachent derrière cette bonne nouvelle :
1. L'électricité n'est qu'une partie de l'énergie qu'on consomme. Elle ne représente que 26 % de l'énergie finale française — le reste (58 %) vient encore des énergies fossiles, très majoritairement importées : pétrole (37 %), gaz (19 %). C'est exactement le sujet déjà traité au volet VIII sur le carburant : la France a une électricité propre, mais reste dépendante des prix mondiaux du pétrole et du gaz pour se chauffer et se déplacer.
2. Le rythme de réduction des émissions de CO2 est insuffisant. La France a émis 369 millions de tonnes de CO2 sur son territoire en 2024 (563 Mt en comptant les émissions importées via ce qu'on consomme). L'objectif officiel (SNBC3) est de réduire les émissions de 5 % par an en moyenne jusqu'en 2030 — le rythme actuel est en dessous de cet objectif, selon le Citepa, l'organisme chargé de le mesurer. Ce n'est pas un désastre, mais ce n'est pas non plus sur la bonne trajectoire.
Deux chantiers concrets accusent un vrai retard, avec un coût humain et budgétaire réel : - La rénovation thermique des logements : environ 250 000 rénovations complètes par an aujourd'hui, contre un objectif officiel de 700 000 par an. Un logement "passoire thermique" mal isolé coûte en moyenne 7 500 € par an à la collectivité (soins médicaux, mal-être, mortalité prématurée liée au froid ou à la précarité énergétique) — largement plus que ce que coûterait sa rénovation étalée dans le temps. - La pollution de l'air cause environ 40 000 morts prématurées par an en France, pour un coût sanitaire estimé entre 68 et 97 milliards d'euros par an.
15.1 Le nucléaire : une vraie priorité, mais avec une leçon à tirer d'urgence
Le nucléaire reste, à nos yeux, le pilier le plus fiable de l'électricité bas-carbone française — pilotable, contrairement aux renouvelables intermittentes. Le programme des 6 nouveaux réacteurs EPR2 est donc une bonne direction. Mais il faut regarder en face ce qui s'est passé avec l'EPR de Flamanville, parce que c'est un cas d'école pour tout ce programme : devisé à 3,3 milliards d'euros en 2007, il a finalement coûté 23,7 milliards d'euros — soit 7 fois le prix annoncé, avec 12 ans de retard. Et le nouveau programme EPR2 montre déjà les mêmes symptômes : son coût est passé de 51,7 à 67,4 milliards d'euros (+30 %) avant même le début de la construction, selon la Cour des comptes elle-même, qui alerte sur le risque d'un nouvel échec si rien ne change dans la méthode.
Notre proposition concrète, cohérente avec le principe fondateur de ce programme (section III) : avant tout nouvel engagement financier sur l'EPR2, exiger d'EDF un contrat à prix plafonné avec pénalités de retard, et une transparence complète sur les coûts réels — exactement ce que réclame déjà la Cour des comptes. On ne finance pas un projet à guichet ouvert et sans contrôle : c'est le même principe que partout ailleurs dans ce programme.
15.2 Rattraper le retard sur la rénovation, avec un vrai lien vers l'emploi
Étant donné que le coût social d'une passoire thermique (7 500 €/an) dépasse largement le coût de sa rénovation étalée dans le temps, accélérer la rénovation thermique est autant un choix économique qu'écologique.
Notre proposition concrète, sans invention budgétaire : - Prioriser les fonds déjà existants (type MaPrimeRénov') vers les passoires thermiques, plutôt que de les disperser sur des rénovations partielles à faible impact. - Faire le lien direct avec le volet emploi (X) : le bâtiment manque déjà de 150 000 travailleurs qualifiés — orienter une partie de l'effort de formation professionnelle vers les métiers de la rénovation énergétique répond aux deux problèmes à la fois (pénurie de main-d'œuvre et retard climatique), sans qu'il s'agisse d'une dépense nouvelle mais d'un fléchage plus efficace de moyens déjà engagés.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — le coût social des passoires thermiques (7 500 €/an) n'est pas une économie budgétaire directe pour l'État, et le programme EPR2 est un investissement d'EDF sur plusieurs décennies, pas une mesure de ce mandat.
XVIInstitutions et démocratie — reconnecter les Français à la politique
16.0 Le diagnostic : une crise de confiance sans équivalent chez nos voisins
La défiance politique en France atteint un niveau sans précédent, et nettement plus élevé que chez nos voisins européens. Selon le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF (février 2026) : - 78 % des Français déclarent ne pas avoir confiance dans la politique — contre 55 à 60 % en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni. - Seuls 23 % des Français considèrent que la démocratie fonctionne bien dans leur pays, contre 52 % des Allemands et 40 % des Italiens. - La confiance envers les institutions s'est effondrée : 20 % pour l'Assemblée nationale (plus bas niveau historique, -4 points en un an), 18 % pour la présidence de la République (contre 23 % en 2025), 15 % seulement pour les partis politiques. - Contraste frappant : les maires, eux, conservent la confiance de 60 % des Français. Ce n'est donc pas un rejet de la politique en général — c'est un rejet spécifique du niveau national, alors que le niveau local reste, lui, largement épargné.
Cette défiance n'est pas qu'une opinion abstraite : elle est nourrie par une instabilité institutionnelle réelle et chiffrable. Depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024 : - La France a connu 4 Premiers ministres, dont un (Sébastien Lecornu) resté seulement 27 jours à Matignon — le Premier ministre le plus éphémère de toute la Ve République. - 90 ministres ont été nommés sur cette même période. - 114 jours de gouvernement réduit aux "affaires courantes" (incapacité à gouverner pleinement, faute de gouvernement stable) et 62 jours avec un Premier ministre démissionnaire. - François Bayrou est devenu, en septembre 2025, le premier chef de gouvernement de l'histoire de la Ve République renversé sur un vote de confiance. - Depuis 2017, Emmanuel Macron a nommé 158 ministres au total — un record absolu sous la Ve République.
Un point de nuance important, relevé par les historiens et juristes eux-mêmes : ce qui bloque n'est pas forcément la Constitution en elle-même, mais une culture politique française qui reste, historiquement, peu habituée à la recherche de compromis entre partis — contrairement à d'autres démocraties parlementaires où la coalition est la norme, pas l'exception.
16.1 Le mode de scrutin : un vrai débat, sans solution miracle
La proportionnelle revient régulièrement dans le débat, notamment depuis que l'Assemblée nationale est divisée en trois blocs (gauche, centre, Rassemblement national) sans majorité stable depuis 2022. Il faut être honnête : la proportionnelle n'est ni un remède miracle ni un danger automatique — les études sur le sujet (notamment celles de la Fondation pour l'innovation politique) montrent qu'elle peut tout aussi bien clarifier la représentation que rendre les majorités plus difficiles à construire, selon la façon dont elle est calibrée.
Notre proposition, mesurée plutôt que dogmatique : introduire une dose de proportionnelle pour une partie des sièges de l'Assemblée nationale (formule déjà proposée par plusieurs gouvernements depuis les années 1980, jamais menée à son terme) — pour mieux représenter la diversité des opinions sans basculer vers une proportionnelle intégrale qui rendrait, comme dans d'autres pays, la formation de majorités encore plus complexe qu'aujourd'hui.
16.2 Le référendum : un outil que les Français réclament largement
79 % des Français se disent favorables à un recours plus fréquent au référendum pour décider des lois ou des politiques publiques importantes (CEVIPOF, 2026) — un niveau d'adhésion remarquablement homogène dans toutes les sensibilités politiques. Pourtant, le dernier référendum national organisé en France remonte à plus de 20 ans.
Notre proposition concrète : faciliter le déclenchement de référendums sur des sujets clairement délimités (révisions constitutionnelles, grands choix de société, traités engageant durablement le pays) — sans tomber dans l'usage systématique du référendum pour chaque texte de loi, ce qui paralyserait l'action publique plutôt que de la légitimer.
16.3 Rééquilibrer le pouvoir entre Parlement et gouvernement
65 % des Français estiment que le pouvoir du Parlement devrait être durablement renforcé par rapport à celui du gouvernement — un chiffre élevé et partagé par la plupart des sensibilités politiques, de La France insoumise (79 %) au parti du Premier ministre lui-même (68 %). Ce chiffre reflète un vrai malaise démocratique : l'usage répété de procédures qui contournent le débat parlementaire (article 49.3, ordonnances) nourrit le sentiment que les décisions se prennent sans les élus du peuple.
Notre proposition : limiter le recours au 49.3 aux textes budgétaires essentiels (son usage d'origine), et redonner un temps de débat parlementaire réel sur les grandes réformes — cohérent avec le principe de transparence qui traverse tout ce programme (déjà appliqué au Ségur de la santé non financé, volet VI, ou aux ponctions sur l'Unédic, volet X).
Par honnêteté : aucune réforme institutionnelle ne résout à elle seule un problème qui est aussi, comme le notent les experts eux-mêmes, un problème de culture politique et de capacité au compromis. Ce volet propose des outils pour restaurer la confiance — il ne prétend pas garantir la stabilité par la seule force de la loi.
XVIIDéfense — soutenir l'effort déjà engagé, régler ce qui bloque encore
17.0 Le diagnostic : un réarmement réel, mais deux points de fragilité récurrents
La France a engagé, depuis 2017, l'effort de réarmement le plus important depuis des décennies. Le budget des armées aura doublé entre 2017 et 2027. Pour 2026, il s'établit à 57,1 milliards d'euros (hors pensions) — la plus forte progression de tout le budget de l'État en 2026 (+6,67 Md€ par rapport à 2025). La trajectoire ne s'arrête pas là : la loi de programmation militaire actualisée prévoit 36 milliards d'euros supplémentaires sur 2026-2030, avec un objectif affiché d'atteindre 3,5 % du PIB consacrés à la défense en 2035 (soit environ 140 milliards d'euros à cet horizon). La dissuasion nucléaire représente aujourd'hui 13 % du budget de la défense (environ 7,4 Md€), une part en hausse avec l'annonce d'une augmentation du nombre de têtes nucléaires.
Ce programme soutient cette trajectoire : dans un contexte de dégradation sécuritaire mondiale, un pays qui n'investit pas dans sa défense expose sa souveraineté — cohérent avec l'objectif du volet XXX (trajectoire sur 20 ans) de redonner à la France sa capacité à décider de son avenir plutôt que de le subir. Mais soutenir l'effort budgétaire ne veut pas dire fermer les yeux sur ce qui ne fonctionne pas.
Premier point de fragilité, le même que partout ailleurs dans ce programme : les effectifs. Depuis 2020, les armées peinent à atteindre leurs objectifs de recrutement — entre 2021 et 2023, les effectifs réellement recrutés sont restés très inférieurs aux cibles fixées par la loi de programmation militaire. Exactement le même symptôme que la santé (volet VI), la sécurité (volet XIII) ou l'éducation (volet XIV) : l'argent budgété ne suffit pas si les postes restent vacants faute de candidats.
Deuxième point de fragilité : des programmes capacitaires majeurs décalés à 2035 — SCORPION (modernisation de l'armée de Terre), les frégates de défense et d'intervention (Marine), et une partie du programme Rafale (armée de l'Air et de l'Espace). Le contexte budgétaire des années précédentes a directement retardé des commandes déjà planifiées.
17.1 Un exemple concret qui rejoint le principe fondateur de ce programme
Le nouveau missile nucléaire ASN4G, qui doit équiper le standard F5 du Rafale, n'est aujourd'hui pas financé dans la loi de programmation militaire — alors que son développement est nécessaire pour maintenir la crédibilité de la dissuasion aéroportée. L'État n'a couvert, en 2025, qu'un peu plus de la moitié du coût des études, et le budget 2026 ne prévoit toujours pas les crédits nécessaires, estimés à plusieurs dizaines de millions d'euros. C'est exactement le même défaut que le Ségur de la santé non financé (volet VI) ou les ponctions sur l'Unédic (volet X) : une décision engagée sans que son financement soit clairement sécurisé dès l'annonce.
Notre proposition, cohérente avec le principe fondateur de ce programme (section III) : sécuriser le financement de l'ASN4G dans la prochaine loi de finances, plutôt que de laisser un programme stratégique dépendre d'arbitrages de dernière minute chaque année.
17.2 Nos propositions concrètes
- Tenir la trajectoire budgétaire déjà votée (3,5 % du PIB en 2035) sans à-coups, pour donner de la visibilité à l'industrie de défense et à nos partenaires.
- Traiter le recrutement militaire avec la même méthode que la santé, la sécurité et l'éducation (volets VI, XIII, XIV) : s'attaquer à l'attractivité et à la fidélisation, pas seulement ouvrir des postes budgétaires qui restent vacants.
- Financer intégralement les programmes stratégiques dès leur annonce (ASN4G en particulier), pour ne pas fragiliser la crédibilité de la dissuasion par un simple oubli budgétaire.
- Poursuivre l'investissement dans le spatial militaire (quasi-doublement du budget visé d'ici 2030, vers 10 Md€), un domaine où la France doit garder son autonomie face à des menaces déjà identifiées sur ses satellites.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit de soutenir une trajectoire budgétaire déjà votée et d'en corriger les angles morts (effectifs, financement de l'ASN4G), pas de proposer une dépense nouvelle ni une économie.
XVIIIFamille et natalité — un effondrement démographique qu'il faut regarder en face, sans fausse promesse
18.0 Le diagnostic : la France bascule dans une zone qu'elle n'a plus connue depuis 1945
En 2025, la France a enregistré environ 645 000 naissances — le niveau le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale, en baisse de 24 % par rapport à 2010 (830 000 naissances). L'indicateur de fécondité est tombé à 1,53 enfant par femme (contre 2,0 en 2014, et 2,9 en 1901), loin sous le seuil de 2,05 nécessaire pour simplement renouveler les générations. Pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès a dépassé le nombre de naissances en France : la croissance démographique du pays ne repose plus que sur l'immigration.
Pourquoi c'est important pour ce programme, et pas seulement un sujet de société : un rapport de la Cour des comptes de décembre 2025 ("Démographie et finances publiques") alerte directement sur les conséquences budgétaires — moins d'actifs futurs pour financer les retraites (déjà documenté au volet V : 2,5 actifs par retraité aujourd'hui, 1,6 en 2070) et un risque de décrochage entre dépenses et recettes publiques à long terme.
18.1 Une honnêteté nécessaire : ni fatalité, ni solution miracle
Il faut résister à deux discours également malhonnêtes. Le premier dirait que rien ne peut être fait ; le second promettrait qu'une politique familiale généreuse suffirait à inverser la tendance. La réalité, documentée par les démographes eux-mêmes, est plus nuancée : - La baisse de la natalité est un phénomène mondial, qui touche tous les pays développés — la Corée du Sud est descendue à 0,8 enfant par femme en 2025, un niveau qu'aucune politique familiale au monde n'a permis d'éviter. - "Il est très compliqué d'établir un lien de causalité entre politique nataliste généreuse et hausse de l'indicateur de fécondité", comme le note la Fondation IFRAP elle-même — la France a pourtant l'une des politiques familiales les plus généreuses d'Europe, ce qui limite sans doute l'ampleur de la baisse sans l'empêcher. - Les vraies causes identifiées par les démographes rejoignent directement d'autres volets déjà traités dans ce programme : la difficulté à trouver un emploi stable (volet X), à se loger dans un logement suffisamment grand (volet VII), et l'inquiétude face à l'avenir économique — des causes structurelles, pas un simple manque d'allocations.
Un programme honnête ne promet donc pas un "choc de natalité" par décret — il s'attaque aux causes concrètes qu'il a déjà identifiées ailleurs.
18.2 Un problème de transparence, comme ailleurs dans ce programme
La branche famille de la Sécurité sociale est excédentaire (+1,1 Md€ en 2024, +843 M€ estimés en 2025, +1,4 Md€ prévus en 2026). Mais cet excédent est en grande partie transféré vers les branches maladie et vieillesse, pour combler leurs déficits, plutôt que d'être réinvesti dans la politique familiale elle-même. C'est exactement le même mécanisme que les ponctions sur l'Unédic déjà dénoncées au volet X : une caisse excédentaire sert à masquer les difficultés d'une autre, sans que ce soit annoncé clairement aux Français.
Notre proposition, cohérente avec le reste du programme : rendre ce transfert pleinement transparent, et rouvrir le débat sur la part qui doit réellement revenir à la politique familiale plutôt que servir de variable d'ajustement discrète pour d'autres branches.
18.3 Nos propositions concrètes
- Évaluer sérieusement le nouveau congé de naissance indemnisé (jusqu'à deux mois pour chaque parent, en vigueur depuis 2025) avant d'annoncer une mesure supplémentaire — les experts eux-mêmes jugent qu'il ne suffira pas seul, mais aucune évaluation chiffrée de son effet réel n'est encore disponible.
- Traiter en priorité les causes déjà identifiées ailleurs dans ce programme : l'accès au logement pour les jeunes familles (volet VII), la stabilité de l'emploi (volet X) et le pouvoir d'achat (volet VIII) pèsent directement sur la décision d'avoir un enfant, selon les démographes eux-mêmes.
- Transparence sur les excédents de la branche famille (18.2), pour que les Français sachent où va réellement cet argent.
- Point à débattre, sans trancher à la place des Français : certains proposent d'étendre les allocations familiales dès le premier enfant (aujourd'hui versées à partir du deuxième), pour un coût estimé à plusieurs milliards d'euros. Une mesure de cette ampleur devrait être financée dès son annonce — cohérent avec le principe fondateur de ce programme (section III) — pas ajoutée à la dette.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — la réaffectation des excédents de la branche famille est un transfert entre caisses, pas une économie nette, et les mesures nouvelles évoquées en 18.3 restent à chiffrer et à financer avant d'être engagées.
XIXAgriculture et souveraineté alimentaire — un secteur en crise, un enjeu de pays
19.0 Le diagnostic : un symbole historique, et une crise à plusieurs visages
Un chiffre résume à lui seul la gravité de la situation : pour la première fois depuis 1978, la balance commerciale agroalimentaire française est devenue déficitaire (données des Douanes, sur les douze mois à septembre 2025) — la France importe désormais plus de produits agroalimentaires qu'elle n'en exporte. Un basculement historique pour un pays qui s'est longtemps considéré comme le "grenier de l'Europe."
Cette crise a plusieurs visages, et il faut les distinguer pour agir juste :
1. Une crise climatique immédiate, avec un impact direct sur les prix. L'été 2026 restera comme l'un des plus durs pour l'agriculture française : le maïs grain a chuté de 45 %, un niveau inédit depuis l'après-guerre ; le maraîchage a perdu près de 50 % de rendement ; la production de pommes de terre s'est effondrée de près d'un quart, sous l'effet d'une sécheresse historique et de canicules à répétition. Ce choc de production se répercute directement sur l'inflation : l'inflation globale française est repassée à +2,4 % sur un an en août 2026 (contre +2,1 % en juillet), en partie sous l'effet de ce choc agricole — la crise agricole n'est donc pas un sujet à part, c'est aussi un sujet de pouvoir d'achat (volet VIII).
2. Une crise structurelle du renouvellement des générations, plus grave que la météo. 25 fermes disparaissent chaque jour en France. Depuis 2015, en moyenne 20 000 chefs d'exploitation cessent leur activité chaque année, contre seulement 14 000 nouvelles installations — un écart qui ne se comble pas. La moitié des agriculteurs en poste en 2020 partiront à la retraite d'ici 2030 (INRAE), et la moitié des exploitants n'ont aujourd'hui aucun repreneur identifié dans les cinq prochaines années.
3. Une crise du revenu, la vraie priorité selon les agriculteurs eux-mêmes. Contrairement à une idée reçue, 53 % des agriculteurs citent les raisons financières comme cause principale de leur mécontentement, loin devant les normes environnementales (21 à 23 % seulement) (étude janvier 2026). Et le revenu agricole dépend structurellement des aides publiques : les aides de la Politique agricole commune (PAC) représentent en moyenne 33 700 € par exploitation et par an, soit 64 % du résultat courant avant impôts — sans elles, une grande partie des exploitations serait en difficulté économique immédiate. Mais ces aides sont mal réparties : 17 % des exploitations, les plus grandes, reçoivent 50 % du total des subventions.
19.1 Ce qui relie l'agriculture à tout le reste de ce programme
L'agriculture n'est pas un sujet isolé — elle recoupe directement plusieurs volets déjà traités : - La France est la première bénéficiaire de la PAC dans l'Union européenne, avec plus de 9 milliards d'euros reçus par an — la plus grosse part des 16,4 milliards d'euros que la France récupère chaque année de l'UE (volet XI). Défendre ce budget dans les négociations européennes à venir est donc un enjeu direct pour ce secteur. - Le risque d'une hausse de la fiscalité sur les biocarburants d'origine agricole menacerait le revenu d'environ 120 000 agriculteurs, selon les professionnels eux-mêmes — un sujet directement lié à notre position sur la fiscalité carburant (volet VIII.2). - Le renouvellement des générations agricoles suit le même schéma que la santé, la sécurité ou l'éducation (volets VI, XIII, XIV) : un problème d'attractivité du métier et de difficulté à recruter de la main-d'œuvre, pas seulement une question de moyens. - La dépendance de la France aux engrais et protéines importés fragilise sa souveraineté, un sujet qui rejoint directement la logique du volet XV (écologie et énergie) sur la dépendance aux importations fossiles.
19.2 Nos propositions concrètes
- Défendre fermement, dans les négociations européennes, le budget de la PAC dont la France est la première bénéficiaire (cohérent avec le volet XI) — la France n'a aucun intérêt à voir ce budget rogné dans le prochain cadre financier pluriannuel de l'UE.
- Accélérer le renouvellement des générations, en s'appuyant sur la loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire déjà votée en mars 2025 (LOSARGA) : simplifier l'installation des jeunes agriculteurs et faciliter la transmission des exploitations sans repreneur — chaque ferme qui disparaît sans repreneur est une perte de souveraineté qui ne se rattrape pas.
- Rééquilibrer la répartition des aides PAC vers les petites et moyennes exploitations, plutôt que la concentration actuelle (17 % des exploitations captant 50 % des aides) — cohérent avec le principe déjà appliqué ailleurs dans ce programme : ne pas laisser les aides publiques profiter démesurément aux plus grosses structures au détriment des plus fragiles.
- Retirer le projet de hausse de fiscalité sur les biocarburants agricoles, déjà recommandé par le Sénat, pour ne pas fragiliser davantage un revenu agricole déjà sous tension.
- Réduire la dépendance aux engrais et protéines importés, pour renforcer une souveraineté alimentaire qui reste, aujourd'hui, plus fragile qu'elle n'y paraît malgré une balance commerciale historiquement excédentaire jusqu'à récemment.
- Poursuivre la simplification administrative déjà engagée (500 millions d'euros d'allègements de charges votés pour 2026) plutôt que d'en annoncer une nouvelle qui resterait lettre morte.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit de défendre des budgets européens déjà perçus, de rééquilibrer des aides existantes et de retirer une hausse de fiscalité envisagée, pas de proposer une dépense nouvelle non financée.
XXNumérique et intelligence artificielle — une urgence de souveraineté et de sécurité
20.0 Le diagnostic : une "dette technique" qui explose au grand jour
L'été 2026 a montré, de façon brutale, ce que coûte le retard numérique de l'État. Le 14 août 2026, la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) a confirmé avoir été victime d'une cyberattaque d'ampleur : les données de 678 000 particuliers et professionnels ont été extraites, via l'usurpation des identifiants de deux comptes légitimes. Ce n'est pas un cas isolé : la DGFiP a essuyé 6 972 cyberattaques rien qu'en 2025. Le ministre chargé des Comptes publics a lui-même parlé d'une "dette technique" accumulée par l'État depuis des décennies — l'équivalent, pour le numérique, de ce que ce programme dénonce partout ailleurs pour les infrastructures physiques.
Cet incident s'inscrit dans une série qui aurait dû alerter plus tôt : - France Travail (2024) : jusqu'à 43 millions de personnes potentiellement concernées par une fuite de données — soit plus des deux tiers de la population française. - Pôle emploi (2023) : 10 millions de personnes touchées. - La Caisse d'allocations familiales (2024) : plusieurs milliers de comptes piratés. - Éducation nationale (août 2026) : des données d'élèves potentiellement dérobées.
Un problème de fond identifié par les études elles-mêmes : 62 % des Français n'ont jamais reçu la moindre formation à la sécurité informatique, contre 47 % en moyenne dans les autres pays étudiés — un vrai retard de "cyberhygiène" collective, pas seulement un problème technique.
Sur l'intelligence artificielle, le retard est d'abord un retard de financement. L'Europe ne capte que 5 % du capital-risque mondial, contre 52 % pour les États-Unis — un déficit estimé à 105 milliards d'euros pour financer les infrastructures d'IA et les centres de données sur le sol français et européen. Le gouvernement a annoncé un investissement de 655 millions d'euros en juin 2026 — réel, mais très loin de combler cet écart à lui seul.
20.1 Un autre sujet numérique : la politique déguisée en divertissement
Un problème distinct mérite d'être traité franchement : sur les plateformes de streaming et de divertissement (Twitch, TikTok, YouTube), du contenu politique circule parfois sans être identifié comme tel — présenté comme du simple divertissement alors qu'il vise à influencer. Ce n'est pas un problème mineur : en 2024, l'élection présidentielle roumaine a été partiellement invalidée après des soupçons de manipulation massive des électeurs via TikTok, un précédent qui a poussé des députés français à demander, en février 2025, une évaluation de l'influence de ces plateformes sur les élections en France.
Notre position, pour être clair : il ne s'agit pas d'interdire le débat politique sur internet — ce serait contraire à la liberté d'expression et à tout ce que ce programme défend par ailleurs sur le renforcement de la démocratie (volet XVI). Le vrai problème, c'est le manque de transparence : que le public — en particulier les plus jeunes — sache quand il regarde du contenu politique ou un message sponsorisé à visée politique, plutôt que de le confondre avec du pur divertissement.
Ce qui existe déjà, et sur quoi s'appuyer : la loi du 9 juin 2023 encadre déjà l'influence commerciale et impose des obligations de transparence aux influenceurs rémunérés — mais elle couvre l'influence commerciale, pas l'influence politique. C'est ce vide qu'il faut combler, pas inventer une nouvelle censure.
Notre proposition concrète : - Étendre l'obligation de transparence déjà prévue pour l'influence commerciale (loi du 9 juin 2023) à tout contenu à caractère politique diffusé par un créateur rémunéré ou soutenu par un parti, un candidat ou une organisation politique — une simple mention claire ("contenu politique" ou "partenariat politique"), comme il existe déjà pour la publicité. - Renforcer les contrôles de la DGCCRF sur ce point spécifique, dans la continuité de ses contrôles déjà existants sur l'influence commerciale (près de la moitié des 300 influenceurs contrôlés en 2022-2023 étaient déjà en infraction sur la transparence commerciale). - Protéger spécifiquement les mineurs de la manipulation politique ciblée, en s'appuyant sur les protections déjà prévues par le Règlement européen sur les services numériques (DSA). - Ne jamais confondre cette exigence de transparence avec une restriction du débat politique lui-même : un créateur de contenu reste totalement libre de parler de politique — il doit seulement le dire clairement, pas le déguiser en divertissement.
20.2 Nos propositions concrètes
- Combler la dette technique de l'État par un plan de financement pluriannuel et sanctuarisé, plutôt que par des rustines votées dans l'urgence après chaque scandale — cohérent avec le principe fondateur de ce programme (section III) : mieux vaut un effort planifié qu'une réaction de panique coûteuse.
- Généraliser la double authentification sur l'ensemble des services publics numériques, déjà annoncée suite au piratage de la DGFiP, et l'étendre à tous les grands opérateurs publics (France Travail, CAF, Éducation nationale) qui ont déjà connu des incidents similaires.
- Renforcer les moyens de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), en particulier pour l'audit systématique des administrations les plus exposées.
- Soutenir les alternatives numériques souveraines déjà matures (Mistral AI, OVHcloud, et les outils de messagerie et de visioconférence de l'administration) par la commande publique, plutôt que de continuer à dépendre de prestataires soumis à des législations extraterritoriales.
- Former systématiquement les agents publics et, plus largement, les citoyens à la cyberhygiène de base, pour combler le retard identifié par les études internationales.
- Mobiliser l'épargne longue française vers le financement des infrastructures d'IA et des centres de données, pour réduire notre dépendance face au capital-risque américain qui capte aujourd'hui l'essentiel des financements mondiaux.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre précis ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — combler une dette technique accumulée depuis des décennies et un déficit de financement de 105 Md€ à l'échelle européenne dépasse le cadre d'un seul mandat français ; ce volet fixe une priorité et une méthode, pas un montant que ce programme seul pourrait garantir.
XXITransports et mobilités — ce qui marche déjà, ce qu'il faut faire mieux
21.0 Le diagnostic : un point souvent mal compris, et de vrais leviers ailleurs
Un point à clarifier d'emblée, parce qu'il circule beaucoup d'idées fausses sur le sujet : les transports en commun (train, bus, métro, tramway) bénéficient déjà d'une TVA réduite à 10 % depuis 2014 (contre 20 % pour la plupart des biens), et certains trains régionaux bénéficient même du taux de 5,5 %. Ce n'est donc pas sur ce levier qu'il faut chercher une nouvelle baisse : la France applique déjà un taux parmi les plus bas possibles. Une étude gouvernementale récente a chiffré à 1 à 1,5 milliard d'euros le coût d'un passage de 10 % à 5,5 % sur l'ensemble des transports collectifs — une mesure jugée trop coûteuse et à l'efficacité incertaine, rien ne garantissant que la baisse soit intégralement répercutée sur les prix des billets.
Le vrai enjeu du carburant a déjà été traité en détail au volet VIII.2 : supprimer la "taxe sur la taxe" (la TVA calculée sur la TICPE, qui rapporte environ 5 milliards d'euros par an à l'État) est le levier le plus efficace et le plus réaliste — beaucoup plus qu'une baisse générale de TVA sur l'énergie, chiffrée à 17 milliards d'euros par le gouvernement lui-même pour un impact comparable.
21.1 Ce qui marche déjà : le prouver, plutôt que l'ignorer
Une expérimentation menée en Martinique et en Guadeloupe depuis mars 2025 montre qu'un ciblage précis, plutôt qu'une baisse généralisée, fonctionne réellement : l'exonération de TVA sur 69 familles de produits de première nécessité a permis une baisse des prix de 10,8 % en moyenne chez les principaux distributeurs signataires — un résultat concret et mesuré, pas une promesse en l'air (détaillé au volet XXII sur l'outre-mer).
21.2 Nos propositions concrètes
- Ne pas promettre une nouvelle baisse de TVA sur les transports en commun, déjà parmi les plus bas d'Europe — mieux vaut être honnête sur ce point plutôt que de promettre un gain qui n'existe pas.
- Concentrer l'effort sur le carburant via la suppression de la TVA sur la TICPE (volet VIII.2), la mesure la plus efficace au meilleur coût.
- S'inspirer du modèle d'exonération ciblée testé outre-mer pour d'autres produits de première nécessité en Hexagone, plutôt que des baisses générales de taux coûteuses et mal ciblées.
- Investir dans l'entretien et la régularité du réseau ferroviaire existant plutôt que dans de nouvelles baisses tarifaires : un train fiable et régulier fait plus pour le report modal qu'un ticket moins cher mais un service qui reste peu fiable.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre nouveau ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — la mesure carburant est déjà comptabilisée au volet VIII, et ce volet précise surtout ce qui n'est pas finançable plutôt que d'ajouter une dépense nouvelle.
XXIIOutre-mer — des écarts qui ne peuvent plus être ignorés
22.0 Le diagnostic : des écarts qui dépassent tout ce qu'on connaît en Hexagone
Les chiffres sur les territoires ultramarins sont d'une ampleur que la métropole ne connaît pas : - Les prix sont jusqu'à 16 % plus élevés qu'en Hexagone, et l'écart de PIB par habitant atteint jusqu'à 260 % selon les territoires (Conseil économique, social et environnemental, février 2026). - Le chômage atteint des niveaux sans équivalent en métropole : 37 % à Mayotte, 30,1 % à Saint-Martin, 18,7 % en Guadeloupe, 17,4 % à La Réunion, 14,1 % en Guyane, 11 % en Martinique et en Nouvelle-Calédonie. - L'octroi de mer (une taxe locale spécifique aux territoires ultramarins) est identifié par la Cour des comptes elle-même comme un facteur significatif de la vie chère — sans que son utilité pour financer les collectivités locales et protéger la production locale soit contestée pour autant.
22.1 Une preuve concrète que des mesures ciblées peuvent fonctionner
Depuis mars 2025, une exonération de TVA sur 69 familles de produits de première nécessité a été mise en place en Martinique et en Guadeloupe (arrêté du 27 février 2025), combinée à une exonération d'octroi de mer décidée localement. Résultat mesuré fin mars 2025 : une baisse des prix de 10,8 % en moyenne chez les principaux distributeurs signataires. C'est la preuve qu'une action ciblée, plutôt qu'un débat sans fin, produit des résultats concrets et rapides.
Un projet de loi de lutte contre la vie chère outre-mer, adopté au Sénat en octobre 2025, reste à ce jour bloqué à l'Assemblée nationale — un retard que ce programme entend ne pas reproduire.
22.2 Le vrai problème de fond : tout importer de très loin, au lieu de produire et d'acheter près de chez soi
C'est le point le plus sous-estimé du débat sur la vie chère outre-mer, et il mérite d'être traité à fond. Deux chiffres résument la situation : - Le taux de couverture de la consommation locale par la production locale varie entre 1 % et 10 % dans les outre-mer, contre environ 80 % en Hexagone (Institut d'émission d'outre-mer / Institut d'émission des départements d'outre-mer). Autrement dit, 90 à 99 % de ce qui est consommé outre-mer est importé, là où l'Hexagone produit lui-même l'essentiel de sa consommation. - Les frais liés au transport, au stockage et à la logistique — les "frais d'approche" — expliquent à eux seuls environ deux tiers des écarts de prix avec l'Hexagone, selon la Direction générale des outre-mer. Sur les produits alimentaires spécifiquement, l'écart atteint 41,8 % en Guadeloupe, 40,2 % en Martinique, 39,4 % en Guyane, 36,7 % à La Réunion, 30,2 % à Mayotte.
Le plus absurde dans cette situation : la plupart des territoires ultramarins importent depuis l'Hexagone, à 7 000 à 15 000 kilomètres, alors que des pays bien plus proches existent juste à côté. Un exemple documenté par le Sénat : pour importer du bois depuis le Brésil, voisin immédiat de la Guyane, il faut aujourd'hui faire transiter la marchandise par l'Union européenne à cause de l'obligation de conformité aux normes CE — ce qui allonge les routes d'approvisionnement et multiplie les coûts, pour un produit qui pourrait traverser une simple frontière. Ce n'est pas une fatalité géographique : c'est un choix d'organisation qui peut changer.
La preuve que ça peut fonctionner autrement existe déjà : en Polynésie française, les autorités ont choisi de diversifier leurs sources d'approvisionnement vers les pays voisins du Pacifique plutôt que de tout faire venir de métropole, ce qui réduit concrètement la pression sur les coûts de fret. Aux Antilles, des circuits courts existent déjà entre les territoires français et des pays comme la Colombie ou le Costa Rica — il s'agit de les généraliser, pas de les inventer.
Un obstacle politique s'ajoute à l'obstacle logistique : les accords commerciaux négociés par l'Union européenne avec les pays voisins des outre-mer (accords de partenariat économique) sont souvent asymétriques — un territoire ultramarin comme La Réunion peut se voir appliquer des droits de douane élevés pour protéger le développement du pays voisin, sans bénéficier de la réciproque. Ces accords ont été pensés pour l'aide au développement des pays voisins, pas pour l'intérêt économique des outre-mer eux-mêmes — un déséquilibre qu'il faut rouvrir.
22.3 Chiffrage approximatif : ce que le rapprochement des sources peut vraiment apporter
Il faut être honnête avant d'avancer un chiffre : l'Autorité de la concurrence elle-même a établi, dans un avis de référence, que le transport maritime pur (le fret, hors carburant et manutention) ne représente que moins de 5 % du prix final d'un produit en moyenne. Ce chiffre surprend, mais il change la façon de raisonner : les "frais d'approche" qui expliquent deux tiers de l'écart de prix avec l'Hexagone ne sont donc pas d'abord un problème de distance parcourue — ce sont surtout des coûts de stockage, de manutention, d'intermédiation et de marges peu concurrentielles (des grossistes-importateurs en position de quasi-monopole sur des marchés étroits, déjà documenté en 22.0).
Ce que ça veut dire concrètement pour le rapprochement des sources d'importation (le "near sourcing") : - Le potentiel réel est réel mais modéré, pas spectaculaire : en réduisant la distance parcourue de 70 à 80 % sur les produits où une alternative régionale crédible existe (par exemple du bois brésilien pour la Guyane plutôt que du bois hexagonal), on agit sur une part du prix final qui pèse elle-même moins de 5 % — l'effet maximal réaliste se situe donc, par une estimation prudente, autour de 2 à 4 points de baisse de prix sur les produits concernés, pas 15 ou 20 points. - Ce potentiel ne concerne pas tous les produits : une alternative régionale crédible n'existe que pour une partie des importations (matériaux de construction, certains produits agricoles, biens de consommation courante) — pas pour l'ensemble du panier de consommation. - Le vrai gisement de baisse de prix se trouve ailleurs, sur des mesures déjà présentes dans ce programme : le stockage et l'intermédiation pèsent bien plus lourd que le transport lui-même. C'est exactement ce que vise le projet de "E-Hub" déjà à l'étude au Sénat — une plateforme mutualisée d'achats groupés et de stockage partagé pour les commerçants de proximité, conçue précisément pour casser les situations de quasi-monopole plutôt que pour raccourcir des trajets.
Notre position, par honnêteté : le rapprochement des sources d'importation reste une mesure utile et cohérente (moins de dépendance, plus de résilience face aux aléas logistiques), mais ce n'est pas la mesure qui, à elle seule, va faire baisser les prix outre-mer de façon spectaculaire — l'exonération ciblée de TVA/octroi de mer déjà testée (10,8 % de baisse mesurée, 22.1) et la lutte contre les situations de quasi-monopole via le E-Hub sont, à ce stade, des leviers plus puissants et déjà prouvés. Comme pour le millefeuille territorial (volet IV), ce programme s'engage à faire réaliser une étude d'impact précise avant d'annoncer un chiffre définitif sur le rapprochement des sources — plutôt que d'avancer un pourcentage qu'on ne pourrait pas tenir.
22.4 Nos propositions concrètes
- Généraliser à l'ensemble des territoires ultramarins l'exonération ciblée de TVA et d'octroi de mer sur les produits de première nécessité, sur le modèle déjà expérimenté et prouvé en Martinique et en Guadeloupe.
- Faire adopter sans nouveau délai le projet de loi contre la vie chère, déjà voté au Sénat depuis octobre 2025.
- Développer activement l'approvisionnement régional ("near sourcing") en diversifiant les sources d'importation vers les pays voisins de chaque territoire, sur le modèle déjà appliqué en Polynésie — un effet modéré mais réel sur les prix (2 à 4 points sur les produits concernés, voir 22.3), et surtout un gain de résilience logistique.
- Soutenir le déploiement du "E-Hub", la plateforme mutualisée d'achats groupés et de stockage partagé déjà à l'étude au Sénat, pour casser les situations de quasi-monopole qui pèsent sur les prix bien plus lourdement que le transport lui-même (22.3).
- Négocier une dérogation simplifiée aux normes CE pour les échanges entre un territoire ultramarin et ses voisins immédiats, afin de ne plus imposer un détour par l'Union européenne pour des marchandises qui pourraient traverser une frontière.
- Rouvrir la négociation des accords de partenariat économique asymétriques, pour que les outre-mer ne soient plus pénalisés par des droits de douane pensés uniquement pour favoriser leurs voisins.
- Investir massivement dans le développement de la production locale (agriculture, pêche, artisanat, petite industrie), pour faire remonter un taux de couverture de la consommation locale qui reste aujourd'hui dix fois plus faible qu'en Hexagone — c'est là, très concrètement, que se trouve le plus grand gisement d'emplois pour des territoires où le chômage dépasse 30 % dans certains cas (section 22.0).
- Adapter les normes de construction aux réalités locales plutôt que d'imposer des standards hexagonaux qui renchérissent mécaniquement le coût du logement (recommandation de la Caisse des Dépôts) — cohérent avec la logique de simplification déjà appliquée au logement en Hexagone (volet VII).
- Prioriser, comme le rappellent les acteurs locaux eux-mêmes, trois chantiers constants : le logement, la sécurité et l'accès aux soins — les mêmes enjeux déjà traités pour l'Hexagone (volets VI, VII, XIII), mais avec une intensité largement supérieure outre-mer.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — l'extension de l'exonération TVA/octroi de mer et le développement de l'approvisionnement régional et de la production locale sont des mesures de pouvoir d'achat et d'emploi ciblées, pas des économies budgétaires ; leur coût précis reste à établir territoire par territoire.
XXIIICulture et médias — une double dépendance qui s'installe
23.0 Le diagnostic : le service public affaibli, la dépendance étrangère qui grandit
Deux évolutions, distinctes mais liées, fragilisent la souveraineté culturelle française en ce moment même.
D'un côté, l'audiovisuel public s'affaiblit budgétairement, année après année. Depuis la suppression de la redevance télé en 2022, son financement repose sur une fraction de TVA — un montage plus instable qu'une ressource dédiée. Le budget 2026 recule d'environ 71 à 86 millions d'euros (selon les ajustements successifs, dont une partie décidée via l'article 49.3, déjà critiqué au volet XVI), pour un total ramené à environ 3,88 milliards d'euros. France Télévisions, qui absorbe la plus grosse part de la baisse (-65,3 M€), anticipe un déficit de 140 millions d'euros.
De l'autre côté, la dépendance aux plateformes de streaming étrangères s'accélère. Les plateformes américaines (Netflix, Prime Video, Disney+) captent aujourd'hui 65 % du marché du streaming en France (premier trimestre 2026). Netflix est devenu le premier financeur privé de la création audiovisuelle française, avec 222 millions d'euros investis en 2024 — plus que bien des acteurs français historiques. Selon l'Arcom, le poids des plateformes étrangères dans le financement de la création française pourrait grimper jusqu'à près de 50 % d'ici 2030, contre environ 25 % en 2024 — précisément parce que les chaînes privées réduisent leurs investissements pendant que le service public, lui, voit sa dotation baisser.
Ces deux évolutions se nourrissent l'une l'autre : moins de service public fort, c'est plus de dépendance à des plateformes étrangères qui, elles, réclament aujourd'hui d'être moins contraintes. Netflix demande en effet un plafonnement de son obligation actuelle d'investir 20 % de son chiffre d'affaires français dans la création locale, dans le cadre de la révision de la directive européenne sur les services de médias audiovisuels prévue à l'automne 2026 — un bras de fer dont l'issue engage directement l'avenir du financement du cinéma et des séries français.
23.1 Nos propositions concrètes
- Défendre fermement, dans la négociation européenne à venir, le maintien voire le renforcement des quotas d'investissement des plateformes de streaming dans la création locale — céder au plafonnement demandé par Netflix reviendrait à accélérer une dépendance déjà documentée comme croissante, au moment précis où le service public en a le plus besoin.
- Stabiliser durablement le financement de l'audiovisuel public, quel que soit le mécanisme retenu (fraction de TVA sécurisée sur plusieurs années sans ajustement en cours d'exercice, ou réflexion sur une ressource dédiée modernisée) — le vrai problème aujourd'hui n'est pas tant le montant que l'instabilité, qui empêche toute visibilité à moyen terme pour les opérateurs. Ce choix de mécanisme, largement débattu entre familles politiques, mérite d'être tranché après un vrai débat parlementaire plutôt qu'un ajustement de dernière minute par voie d'amendement budgétaire.
- Ne pas faire porter l'effort de redressement des comptes publics de façon disproportionnée sur l'audiovisuel public, qui reste un budget marginal à l'échelle du programme (3,88 Md€, soit moins de 0,3 % de la dépense publique totale décrite au volet II) comparé à son rôle dans la souveraineté culturelle et l'information indépendante.
- Soutenir la création française et européenne via les dispositifs déjà existants (CNC), en veillant à ce que les obligations imposées aux plateformes étrangères ne soient jamais revues à la baisse sans contrepartie équivalente pour les producteurs français.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit de stabiliser un financement existant et de défendre une position dans une négociation européenne en cours, pas de proposer une dépense nouvelle ni une économie.
XXIVPolitique étrangère — peser à nouveau, en commençant par l'électricité
24.0 Un point à corriger avant tout : la France n'importe pas son électricité, elle l'exporte massivement
Il faut rectifier un chiffre avant d'aller plus loin, parce que l'argument est en réalité encore plus fort que ce qu'on pourrait croire. La France n'est pas un pays qui importe 11 % de son électricité — c'est, au contraire, le premier exportateur net d'électricité d'Europe. Selon RTE, en 2025 : - La France a exporté un solde net record de 92,3 TWh (le double de la consommation annuelle de la Belgique), soit 17 % de sa production nationale. - Les importations sont marginales : au premier semestre 2026, la France n'a importé que 5,8 TWh contre 56,8 TWh exportés — un rapport de presque 1 pour 10. - 95 % de l'électricité produite en France est bas-carbone, et cette production compétitive a rapporté 5,4 milliards d'euros de recettes nettes en 2025 (jusqu'à 9 milliards d'euros si on valorise ces exports au prix payé par les pays importateurs).
Le vrai problème n'est donc pas une dépendance physique à l'étranger pour produire — c'est un problème de fixation du prix.
24.1 Le vrai dossier à rouvrir : comment le prix de notre électricité est fixé
Le marché européen de l'électricité fonctionne sur un principe dit "marginaliste" : le prix payé par tous est fixé par la centrale la plus chère nécessaire pour répondre à la demande à un instant donné — le plus souvent une centrale à gaz allemande ou voisine. Concrètement, même quand la France produit une électricité nucléaire bon marché en abondance, le prix de référence du marché peut être tiré vers le haut par le coût du gaz chez nos voisins — un épisode extrême l'a illustré en 2024 : un simple bug technique dans le couplage des marchés a fait apparaître un prix spot de moins de 3 €/MWh en France le même jour où l'Allemagne affichait 492 €/MWh, un différentiel qui n'existe normalement pas grâce au couplage, mais qui montre bien à quel point les deux marchés sont artificiellement liés.
La France a déjà porté ce combat au niveau européen, avec un succès partiel seulement. En 2023, la France a demandé, aux côtés de l'Espagne et de la Grèce, un découplage structurel entre le prix de l'électricité et celui du gaz. L'Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques s'y sont opposés, défendant le statu quo. Le compromis adopté en juin 2024 a maintenu le principe marginaliste sur le marché de court terme, en se contentant de généraliser des contrats de long terme (CfD, PPA) qui atténuent l'effet sans le supprimer. Ce n'est pas la réforme que la France avait initialement demandée.
Un autre chantier arrive à échéance et doit être renégocié sans attendre : l'ARENH (l'Accès régulé à l'électricité nucléaire historique), qui oblige EDF à vendre une partie de sa production à ses concurrents à un prix fixé par l'État (42 €/MWh) depuis 2011 — ce mécanisme prend fin en 2026, et le système qui le remplacera n'est pas encore arrêté. C'est l'occasion de repenser complètement notre rapport de force sur ce dossier plutôt que de reconduire un compromis par défaut.
Une précision importante, pour ne pas se tromper de combat : être le premier exportateur ne donne pas à la France le pouvoir de fixer seule les règles. Dans l'Union européenne, les règles du marché de l'électricité se décident par un vote à la majorité qualifiée entre les 27 États membres, avec le Parlement européen — pas à la part de marché. La preuve, c'est que la France était déjà le premier exportateur net d'Europe en 2023, quand elle a porté sa demande de découplage — et elle n'a obtenu qu'un compromis partiel, parce que l'Allemagne (premier marché de consommation électrique du continent), les Pays-Bas et les pays nordiques avaient chacun leur propre poids dans la négociation. Ce que la position de la France permet, en revanche, c'est de peser plus fort qu'elle ne le fait aujourd'hui : un statut de premier exportateur bas-carbone est un levier de négociation solide, à condition de bâtir des coalitions (comme celle déjà nouée avec l'Espagne et la Grèce en 2023), pas de l'utiliser seule.
Notre proposition concrète : - Relancer, avec l'Espagne, la Grèce et d'autres pays à forte production bas-carbone, la demande d'un découplage structurel plus ambitieux entre le prix de l'électricité et celui du gaz, au-delà du compromis a minima de juin 2024. - Profiter de la fin de l'ARENH en 2026 pour négocier un nouveau cadre qui protège mieux la compétitivité industrielle française, sans pour autant recréer une rente injustifiée pour un seul opérateur. - Valoriser fermement la position de force réelle de la France dans les négociations européennes sur l'énergie : premier exportateur net du continent, avec 95 % de production bas-carbone — un argument de poids qui n'est pas toujours utilisé à sa juste mesure dans les négociations à Bruxelles. - Communiquer avec des chiffres exacts plutôt que des approximations : la France a un vrai combat à mener sur ce dossier, mais il part d'une position de force (exportateur massif, prix compétitifs) et non de faiblesse — c'est cet argument-là qui doit être porté à Bruxelles, pas celui d'une dépendance qui n'existe pas.
24.1bis Une bonne nouvelle à préciser : vendre moins cher aux Français, ce n'est pas une négociation avec Bruxelles, c'est déjà une décision française
Il faut distinguer deux choses qu'on mélange souvent dans le débat public : le prix de gros européen qui circule entre pays interconnectés (24.1), et le prix auquel EDF — une entreprise dont l'État est l'actionnaire unique — vend son électricité nucléaire aux fournisseurs et, in fine, aux Français. Ce deuxième point ne dépend pas d'un accord avec l'Union européenne : c'est une décision entièrement française, déjà prise.
Ce qui existe déjà depuis novembre 2023 : un accord entre l'État et EDF fixe, pour remplacer l'ARENH à partir de 2026, un prix de référence de l'électricité nucléaire autour de 70 €/MWh — proche du coût réel de production estimé par le régulateur (60,7 €/MWh) plutôt que du prix de marché européen, qui a dépassé 120 €/MWh certaines années. Ce nouveau mécanisme s'applique à toute la production nucléaire d'EDF (contre seulement une partie avec l'ancien système), et il prévoit une protection supplémentaire : si le prix de marché dépasse 78 à 80 €/MWh, 50 % des revenus supplémentaires d'EDF sont redistribués aux consommateurs ; au-delà de 110 €/MWh, cette redistribution monte à 90 %. Un plafond de 85 €/MWh est même prévu pour 2026 afin de protéger les consommateurs d'une hausse excessive.
C'est très exactement la réponse à ta question : oui, la France peut vendre son électricité moins cher à son propre peuple qu'au prix du marché européen — et elle le fait déjà, par une décision purement nationale (l'État étant actionnaire unique d'EDF), pas par une négociation avec Bruxelles. Le seul vrai enjeu européen, c'est de s'assurer que ce mécanisme reste compatible avec les règles de concurrence de l'UE (pour ne pas être qualifié d'aide d'État illégale) — un point technique, pas un obstacle de fond.
Alors pourquoi la facture continue-t-elle d'augmenter, malgré cette protection ? Parce que ce mécanisme ne protège qu'une seule des trois composantes de la facture. Une facture d'électricité française se décompose en trois parts à peu près égales : 1. Le coût de l'énergie elle-même — c'est la seule partie protégée par le mécanisme post-ARENH décrit ci-dessus. 2. Le TURPE (tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité), qui rémunère RTE et Enedis pour le transport et la distribution — environ 30 % de la facture d'un client résidentiel moyen. 3. Les taxes (accise, contribution tarifaire d'acheminement, TVA).
Or c'est précisément le TURPE qui a fait augmenter le tarif réglementé de 2,5 % au 1ᵉʳ août 2026 — pas le prix de l'énergie. Deux raisons l'expliquent : - Des investissements massifs et nécessaires dans les réseaux : intégration des énergies renouvelables intermittentes, modernisation numérique, préparation à l'électrification (véhicules, chauffage) — RTE a d'ailleurs obtenu le feu vert pour investir 100 milliards d'euros dans les années à venir (volet XV). - Un mécanisme presque paradoxal : l'hiver 2025 a été doux, la consommation a baissé, et Enedis a donc perçu moins de recettes que prévu (un manque à gagner de 231,6 millions d'euros) — ce manque est rattrapé l'année suivante en augmentant le tarif, plafonné par la loi à 3 % de hausse par an. Moins consommer peut donc, paradoxalement, faire monter le prix unitaire à court terme, le temps que les coûts fixes du réseau soient couverts autrement.
Au global, le tarif réglementé a augmenté de 6 à 8 % en 2026 (environ 120 à 160 € de plus par an pour un foyer moyen) — malgré la protection sur le prix de l'énergie, à cause des deux autres composantes de la facture.
Ce que ça change pour notre proposition, par honnêteté : protéger le prix de l'énergie (déjà fait, 24.1bis) ne suffit pas à lui seul à stabiliser la facture des Français — il faut aussi se pencher sur le financement des réseaux et la fiscalité, pas seulement sur le prix de gros.
Notre proposition concrète : - Défendre et consolider ce mécanisme post-ARENH plutôt que de le remettre en cause à chaque alternance politique — la stabilité du prix est elle-même un facteur de compétitivité pour les ménages et les entreprises. - Veiller à ce que le prix de référence (70 €/MWh) reste ancré sur le coût réel de production français, et non sur des anticipations de marché européen, pour que le consommateur français bénéficie pleinement de l'avantage compétitif du parc nucléaire (volet XV). - Étendre la logique de redistribution des surprofits (déjà prévue au-delà de 78-80 €/MWh) à d'autres situations de tension extrême sur les prix, pour garantir que les Français profitent en priorité de la production nationale. - Préciser, plutôt que bloquer, le contrôle du TURPE : la marge d'Enedis et de RTE est déjà strictement plafonnée par la CRE (2,5 % sur les actifs d'Enedis, contre 2,8 % demandés en 2024 — la CRE a déjà tranché en faveur des consommateurs sur ce point précis). Le vrai levier n'est donc pas de bloquer une marge déjà contenue, mais d'exiger un audit renforcé et régulier de l'efficience réelle des coûts de RTE et Enedis — sur le modèle de la lutte contre le gaspillage déjà menée dans ce programme (volet IV) — pour s'assurer que chaque euro d'investissement inscrit au TURPE correspond à un besoin réel et non à une dépense mal maîtrisée. - Rendre plus lisible pour les Français la distinction entre ce qui augmente à cause d'un investissement nécessaire et ce qui augmente à cause d'un mécanisme technique de rattrapage (comme celui lié à la baisse de consommation de l'hiver 2025) — la transparence, plutôt que le blocage aveugle, est ce qui permet de vérifier que chaque hausse est justifiée sans pour autant sous-investir dans un réseau dont la modernisation reste indispensable (volet XV).
24.1ter Pourquoi pas un monopole public complet ? La France y est déjà largement revenue, avec une limite structurelle imposée par l'UE
La question est légitime, et la réponse surprend souvent : la France avait exactement ce monopole complet, et une grande partie a déjà été reconstruite.
De 1946 à la fin des années 1990, EDF était un monopole public intégré de bout en bout — production, transport, distribution et vente réunis dans une seule entreprise publique, née de la loi de nationalisation de 1946. C'est sous la pression des directives européennes de libéralisation du marché de l'énergie, au début des années 2000, que ce monopole a été démantelé : séparation juridique de la production (EDF), du transport (création de RTE) et de la distribution (Enedis), puis ouverture du marché à la concurrence en 2007 avec l'arrivée de fournisseurs alternatifs.
Le bilan de cette libéralisation reste largement décevant, et ce programme ne va pas le cacher : la concurrence n'a pas produit les effets annoncés — ni sur la baisse durable des prix, ni sur le développement des renouvelables — malgré l'empilement de dispositifs de régulation depuis vingt ans (CRE, TURPE, ARENH, bouclier tarifaire).
Et la France est déjà largement revenue en arrière, dans les faits : le 8 juin 2023, l'État a renationalisé EDF à 100 % (9,7 milliards d'euros). La loi du 11 avril 2024 a même gravé dans le droit qu'EDF est une "société anonyme d'intérêt national" entièrement détenue par l'État, avec une clause verrouillant toute privatisation future — il faudra désormais une nouvelle loi votée par les deux chambres du Parlement pour la défaire. Enedis, filiale à 100 % d'EDF, bénéficie d'une protection similaire contre toute ouverture au capital privé.
Ce qui reste un obstacle structurel imposé par le droit européen, même avec un actionnaire unique : RTE et Enedis doivent rester juridiquement séparés d'EDF-production — pas à cause de la question de propriété (l'État peut tout posséder, et c'est déjà largement le cas), mais parce que l'UE exige cette séparation pour garantir un accès équitable au réseau aux fournisseurs concurrents d'EDF. C'est cette règle de "dégroupage", pas la propriété, qui empêche de reconstituer un monopole intégré au sens strict de 1946.
Notre position, en cohérence avec tout ce programme : - Consolider ce qui a déjà été reconquis (propriété publique à 100 % d'EDF, verrouillage légal contre la privatisation) plutôt que de promettre un "grand soir" du monopole qui n'est plus juridiquement accessible sans sortir des règles européennes du marché unique. - Porter, dans le cadre des négociations déjà évoquées (24.1), la question de l'assouplissement des règles de séparation pour les pays où la production est déjà majoritairement publique — un vrai sujet de fond à poser à Bruxelles, distinct du seul dossier des prix. - Ne pas promettre un retour pur et simple au modèle de 1946 : ce serait revenir sur des engagements européens que la France a elle-même signés, et que ce programme ne propose pas de dénoncer unilatéralement (cohérent avec la position sur l'UE, volet XI).
24.2 Ukraine : soutenir sans s'aveugler sur les chiffres
Il faut d'abord poser les vrais chiffres, parce que le débat public les confond souvent. Selon le ministère des Armées, la France a déboursé 8,6 milliards d'euros pour soutenir l'Ukraine entre le 24 février 2022 et le 31 décembre 2024 (aide militaire, humanitaire et financière cumulées). En comptant la part française des mécanismes européens et le soutien civil, l'engagement total dépasse 12 milliards d'euros depuis 2022. Rapporté à la richesse nationale, l'effort français représente environ 0,32 % du PIB — un niveau réel, mais modeste comparé à d'autres pays européens comme le Danemark, les Pays-Bas ou l'Allemagne, dont l'effort rapporté à leur PIB est nettement supérieur. Un nouveau mécanisme change la donne depuis 2026 : un prêt de 90 milliards d'euros de l'Union européenne à l'Ukraine (approuvé en février 2026, 60 Md€ pour la défense, 30 Md€ pour le soutien macroéconomique), financé collectivement par les États membres plutôt que par la seule France.
Sur la question du remboursement, il faut être honnête sur ce qu'on sait vraiment et ce qu'on ne sait pas. Une grande partie de l'aide occidentale à l'Ukraine prend la forme de prêts garantis par les États, et non de dons directs — c'est un fait. Mais personne, à ce stade, ne peut affirmer avec certitude que l'Ukraine ne remboursera jamais : cela dépendra de l'issue du conflit, de la reconstruction du pays et des mécanismes de restructuration ou d'annulation de dette qui seront négociés le moment venu, comme cela arrive régulièrement pour des pays sortant de guerre. C'est un vrai risque à prendre en compte dans la décision politique — pas une certitude à présenter comme un fait acquis.
Sur la reconstruction : le chiffre est réel, et il faut le regarder en face plutôt que l'ignorer. Selon une évaluation conjointe de la Banque mondiale, de l'ONU, de la Commission européenne et du gouvernement ukrainien (février 2026), la reconstruction de l'Ukraine coûtera environ 588 milliards de dollars (près de 500 milliards d'euros) sur dix ans — l'équivalent de trois fois le PIB ukrainien de 2025. C'est un montant considérable, et il est réaliste d'anticiper que la France, comme le reste de l'Europe, sera sollicitée pour y contribuer d'une manière ou d'une autre.
Mais il existe aussi un vrai bénéfice potentiel pour la France, qu'il serait malhonnête de passer sous silence : - L'Ukraine dispose d'un sous-sol parmi les plus riches d'Europe : l'une des plus grosses réserves européennes de lithium (selon le BRGM, le service géologique français), essentiel pour les batteries électriques, ainsi que du titane, du graphite et de l'uranium — des ressources stratégiques pour l'indépendance industrielle européenne (cohérent avec le volet IX sur la réindustrialisation). - Le ministre français des Armées était déjà en discussion avec l'Ukraine sur ces ressources depuis l'automne 2024 — la France a donc un intérêt propre déjà engagé sur ce dossier, distinct de la seule question de l'aide financière. - La reconstruction elle-même représente un marché considérable pour les entreprises françaises du BTP, de l'énergie et des infrastructures, à condition que la France reste engagée dans le processus diplomatique et économique plutôt que de s'en retirer. - L'Ukraine reste l'un des plus gros exportateurs de blé d'Europe, un enjeu de sécurité alimentaire pour le continent qui dépasse la seule question ukrainienne. - Exemple concret déjà signé (avril 2025) : les États-Unis ont conclu avec l'Ukraine un accord de ressources minières, sous forme de fonds d'investissement commun — la France pourrait chercher un accord de nature similaire, plutôt que de se retirer du dossier et laisser ce terrain aux seuls Américains.
Sur la négociation avec la Russie : la France n'a pas besoin de "reprendre" cette négociation, elle y est déjà. Des pourparlers tripartites (États-Unis, Russie, Ukraine) sont en cours depuis plusieurs mois, avec des rencontres à Genève en février 2026 puis à Kiev début septembre 2026, auxquelles la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont directement participé. La position française constante dans ces discussions est de refuser un accord qui ne serait qu'un cessez-le-feu fragile sans garanties de sécurité durables — une prudence directement héritée de l'expérience des accords de Minsk de 2014 et 2015, que la Russie avait déjà signés puis violés. Un "accord fonctionnel", pour être crédible, doit donc être plus solide qu'une simple trêve — sans quoi le risque est de revivre le même scénario dans quelques années, à un coût humain et financier encore plus élevé.
Notre position, en tenant compte de ces réalités : - Rester pleinement engagés dans le processus de négociation déjà en cours, aux côtés de l'Allemagne et du Royaume-Uni, en défendant fermement l'exigence de garanties de sécurité durables plutôt qu'un cessez-le-feu fragile — l'expérience des accords de Minsk montre qu'un accord mal ficelé coûte plus cher à long terme qu'une négociation plus longue mais solide. - Négocier un accord bilatéral sur les ressources minières ukrainiennes, sur le modèle de ce que les États-Unis ont déjà obtenu, pour que la France ne laisse pas ce terrain économique et stratégique aux seuls Américains. - Recentrer le soutien français vers ce qui a la valeur ajoutée la plus directe et la plus vérifiable : les soins aux blessés et la formation militaire, deux domaines où l'aide française a déjà démontré son utilité concrète et où le risque budgétaire est maîtrisé, plutôt qu'un soutien budgétaire sous forme de prêts dont le remboursement reste, de bonne foi, incertain. - Ne pas couper le soutien du jour au lendemain : une bascule de ce type doit être coordonnée avec nos partenaires européens, pour ne pas fragiliser la position collective de l'UE face à la Russie ni isoler la France diplomatiquement sur ce dossier — un sujet où agir seul affaiblirait la France plus qu'elle ne protégerait son budget. - Exiger une transparence complète et déjà réclamable sur l'utilisation des fonds déjà engagés, mais par les bons outils : un contrôle renforcé de la Cour des comptes sur la part strictement française des versements, et le soutien français aux mécanismes d'audit déjà prévus au niveau européen et international (Cour des comptes européenne, conditionnalités du FMI) pour les prêts collectifs. Confier cette mission à la DGSE ne serait ni son rôle ni le bon outil : c'est un service de renseignement extérieur, pas un organisme d'audit budgétaire — utiliser un service de renseignement pour surveiller l'usage de fonds par un pays allié enverrait par ailleurs un signal diplomatique contre-productif. La transparence sur l'argent public se construit par des institutions de contrôle, pas par l'espionnage d'un partenaire qu'on prétend soutenir.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — le montant exact des économies dépendra du calendrier de bascule vers le soutien médical et de formation, à négocier avec nos partenaires européens.
24.3 Le reste de la politique étrangère : cohérence avec ce qui est déjà dans ce programme
Ce programme ne construit pas sa politique étrangère dans ce seul volet — elle est déjà largement posée ailleurs, et il faut le rappeler plutôt que la répéter : la contribution nette à l'Union européenne et sa renégociation (volet XI), la défense et l'autonomie stratégique (volet XVII), la politique agricole commune (volet XIX), et la position de la France sur l'aide au développement (volet IV, section 4.9). La cohérence d'ensemble, c'est celle du volet XXX (trajectoire sur 20 ans) : une France qui redresse ses comptes retrouve aussi, mécaniquement, plus de poids dans chacune de ces négociations — la politique étrangère et la politique budgétaire ne sont pas deux sujets séparés, elles se renforcent l'une l'autre.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — la renégociation du marché européen de l'électricité et de l'ARENH dépend d'un rapport de force européen à construire, pas d'une mesure unilatérale chiffrable dès aujourd'hui.
XXVFonction publique — le même symptôme, à l'échelle de tout l'État
25.0 Le diagnostic : un chiffre global qui cache trois réalités très différentes
La fonction publique française compte 5,8 millions d'agents (2023), répartis en trois versants très différents : l'État (ministères, enseignants), la territoriale (mairies, départements, régions) et l'hospitalière. Ce volet ne répète pas ce qui a déjà été traité secteur par secteur (santé au volet VI, éducation au volet XIV, sécurité et justice au volet XIII) — il regarde ce qui les traverse tous.
Sur le temps de travail, les écarts entre les trois versants sont réels et méritent d'être dits simplement : - La fonction publique d'État travaille en moyenne 1 701 heures par an — plus que le secteur privé (1 684 heures hors enseignants). - La fonction publique hospitalière : 1 617 heures. - La fonction publique territoriale : 1 599 heures — en dessous de la durée légale de 1 607 heures, déjà identifiée au volet IV (section 4.6) comme un gisement d'économies de 1,3 milliard d'euros par un simple alignement sur la loi existante.
Sur l'absentéisme, il faut résister à la caricature dans les deux sens. Les agents publics se sont absentés en moyenne 11,1 jours en 2024 (en baisse de 0,9 jour sur un an, de 3,5 jours depuis 2022) — soit à peine plus que le secteur privé (10,6 à 11,7 jours selon les baromètres). L'écart se réduit d'année en année : ce n'est donc pas le "scandale" que certains discours politiques en font, mais ce n'est pas non plus un non-sujet. Le vrai signal d'alerte est ailleurs : les troubles psychologiques représentent désormais 22 % des journées d'absence dans les collectivités territoriales, contre 14 % en 2015 — une hausse continue qui pointe vers un vrai problème de qualité de vie au travail, pas vers un problème de "paresse".
Sur les effectifs, une évolution silencieuse mérite d'être connue : les contractuels représentent désormais près d'un quart des agents publics (1,4 million de personnes), en hausse de 44 % dans la fonction publique d'État depuis 2017 — un recours croissant à des statuts plus flexibles, qui offre de la souplesse de recrutement mais fragilise la logique de carrière longue qui a longtemps caractérisé le service public.
25.1 Nos propositions concrètes
- Achever l'alignement du temps de travail dans la fonction publique territoriale sur la durée légale déjà votée (1 607 heures), déjà chiffré au volet IV — une mesure d'application de la loi, pas une réforme nouvelle.
- Traiter les risques psychosociaux comme une priorité de gestion des ressources humaines publiques, pas comme un sujet périphérique : la hausse continue des arrêts liés aux troubles psychologiques dans la territoriale est un signal d'alerte sur les conditions de travail, cohérent avec le fil rouge de tout ce programme (attractivité des métiers publics, volets VI, XIII, XIV, XVII) — un agent qui s'épuise coûte plus cher, humainement et budgétairement, qu'un agent dont les conditions de travail sont correctement gérées.
- Clarifier l'usage des contrats précaires dans la fonction publique : le recours aux contractuels doit rester un outil de flexibilité assumé pour des besoins ponctuels, pas un moyen détourné de pourvoir durablement des postes pérennes sans les garanties statutaires — un sujet de clarté, pas d'idéologie pour ou contre le statut.
- Ne pas opposer secteur public et secteur privé sur l'absentéisme : les chiffres montrent un écart qui se réduit d'année en année — un programme sérieux communique avec les chiffres réels, pas avec une caricature déjà dépassée par les statistiques elles-mêmes.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un nouveau chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — l'économie liée au temps de travail territorial est déjà comptabilisée au volet IV ; les autres mesures de ce volet portent sur la qualité de gestion, pas sur un montant chiffrable dès aujourd'hui.
XXVISécurité et droits des personnes LGBT — les faits, sans posture
26.0 Le diagnostic : des chiffres officiels, pas seulement associatifs
Ce sujet est souvent traité en France sur le mode de la posture — d'un côté des annonces symboliques, de l'autre leur contestation tout aussi symbolique. Ce programme n'a pas vocation à ajouter une couche de communication : il regarde ce que disent les chiffres officiels du ministère de l'Intérieur, pas seulement les recensements associatifs.
- Le service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMSI) a enregistré 4 900 infractions anti-LGBT+ en 2025 (crimes, délits et contraventions), en hausse de 2 % sur un an — une progression qui ralentit nettement par rapport à la hausse moyenne de 13 à 15 % par an observée entre 2016 et 2024. 64 % de ces infractions sont des crimes ou délits, en hausse de 4 % ; les contraventions, elles, reculent de 3 %.
- Le vrai problème n'est pas seulement le nombre d'actes, c'est l'accès à la justice : seulement environ 3 % des victimes d'actes anti-LGBT+ déposent plainte, selon l'enquête officielle "Vécu et ressenti en matière de sécurité." Un chiffre extrêmement bas, qui signifie que l'écrasante majorité des faits n'entre jamais dans le système judiciaire.
- Les infractions se concentrent dans les grandes agglomérations (plus de 200 000 habitants, en particulier Paris). Les victimes comme les mis en cause sont majoritairement des hommes jeunes (moins de 30 ans dans près de la moitié des cas).
- Un plan national existe déjà (2023-2026, piloté par plusieurs ministères, 117 mesures dont 85 % engagées) : formation des forces de l'ordre, soutien aux associations, plateforme de signalement anonyme (PNAV). Ce plan arrive à échéance en 2026 — l'occasion d'en évaluer sérieusement les résultats avant de décider de sa suite, plutôt que de le reconduire ou de l'abandonner par posture.
26.1 Nos propositions concrètes
- Évaluer publiquement, chiffres à l'appui, les résultats du plan national 2023-2026 avant toute décision sur sa suite — cohérent avec le principe déjà appliqué ailleurs dans ce programme (ne jamais reconduire ou réformer un dispositif sans en avoir mesuré l'efficacité réelle, volet IV).
- Prioriser l'accès à la justice plutôt que l'affichage : le vrai levier d'action se trouve dans le taux de plainte, aujourd'hui à seulement 3 % — améliorer l'accueil et la formation des forces de l'ordre déjà prévue par le plan existant, et simplifier le dépôt de plainte, y compris via la plateforme de signalement déjà en place.
- Ne pas transformer ce sujet en outil de mobilisation électorale, dans un sens comme dans l'autre : ni minimiser un phénomène mesuré par les statistiques officielles du ministère de l'Intérieur lui-même, ni en faire un totem de communication déconnecté de résultats concrets — la même exigence de rigueur que celle appliquée à chaque volet de ce programme.
26.2 Les fausses accusations : un délit qui existe déjà, mais qui reste trop peu appliqué
Ce point vaut pour l'ensemble du système judiciaire, pas seulement pour ce volet : accuser quelqu'un à tort, en sachant que c'est faux, est déjà un délit sévèrement puni en droit français. L'article 226-10 du Code pénal sanctionne la "dénonciation calomnieuse" — dénoncer sciemment un fait faux à la police, à la justice ou à une autorité compétente, contre une personne précise — d'une peine pouvant déjà aller jusqu'à 5 ans de prison et 45 000 € d'amende.
Un point de droit essentiel, à ne jamais perdre de vue dans la conception de ce type de mesure : une plainte classée sans suite ou un non-lieu ne prouve pas, à lui seul, que la plainte était mensongère. La Cour de cassation l'a rappelé fermement : une personne peut porter plainte de bonne foi pour un fait qu'elle a réellement vécu, sans que l'enquête aboutisse à une condamnation, faute de preuves suffisantes — ce n'est pas la même chose qu'un mensonge délibéré avec preuves fabriquées. Rendre la poursuite automatique dès qu'une plainte n'aboutit pas créerait un effet dissuasif massif sur les vraies victimes, à commencer par celles évoquées dans ce même volet, où le taux de plainte est déjà de seulement 3 %.
Le vrai problème, documenté par les praticiens du droit eux-mêmes : la dénonciation calomnieuse est un délit très rarement poursuivi par les parquets de leur propre initiative. C'est le même défaut que celui déjà pointé ailleurs dans ce programme : une loi sévère qui existe sur le papier, mais qui reste sous-appliquée faute de priorité donnée à sa mise en œuvre.
Notre proposition concrète, qui renforce l'exécution de la loi existante plutôt que d'en créer une nouvelle qui punirait aussi les vraies victimes : - Faire de la dénonciation calomnieuse une priorité de poursuite systématique dès lors que la mauvaise foi et le caractère délibérément faux de l'accusation sont établis — pas dès qu'une plainte échoue, mais quand l'enquête démontre réellement l'intention de nuire par le mensonge, y compris via des preuves fabriquées. - Maintenir la peine maximale déjà prévue par la loi (5 ans, 45 000 €), sans automaticité qui violerait le principe d'individualisation des peines — un juge doit garder la capacité d'apprécier chaque situation, exactement comme l'exige la Cour de cassation. - Ne jamais confondre un classement sans suite avec une preuve de mensonge : c'est la garantie qui permet aux vraies victimes de continuer à porter plainte sans crainte d'être elles-mêmes poursuivies si l'enquête n'aboutit pas.
Par cohérence avec le reste du programme : ni ce point ni le reste de ce volet ne s'accompagnent d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit de mieux faire appliquer des lois déjà existantes et d'améliorer l'accès à la justice, pas de créer une dépense nouvelle.
XXVIILaïcité — la neutralité de l'État, pas l'effacement des citoyens
27.0 Le diagnostic : une loi de 2021 au bilan volontairement incomplet
Ce volet part du vrai principe de la laïcité française, déjà posé plus haut dans cet échange : la neutralité s'impose à l'État et à ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, pas aux citoyens dans leur pratique personnelle. C'est sur cette base, et uniquement celle-ci, que ce programme construit ses propositions.
La loi du 24 août 2021 "confortant le respect des principes de la République" (dite loi séparatisme), plus de 100 articles, a déjà posé un cadre : renforcement de la neutralité dans les services publics, contrôle accru des associations, encadrement de l'instruction en famille. Son bilan, évalué par une mission parlementaire transpartisane en janvier 2025 (élus de la majorité, du RN et de LFI), est resté volontairement incomplet — les trois rapporteurs n'ont d'ailleurs pas réussi à s'accorder sur une conclusion commune, signe d'un sujet qui reste clivant politiquement.
Ce qui fonctionne, chiffres à l'appui : - 17 000 référents laïcité ont été désignés dans la fonction publique d'État et hospitalière, contre quelques centaines avant 2021. - Le nombre d'enfants instruits en famille a été divisé par plus de deux (72 369 en 2021-2022, contre 30 644 en 2024-2025), conformément à l'objectif d'encadrement voulu par la loi.
Ce qui ne fonctionne pas encore, et qu'il faut regarder en face : - Seulement 13 % des agents publics de l'État et de la fonction publique hospitalière avaient été formés à la laïcité au 1ᵉʳ juin 2024 (730 000 sur 5,67 millions) — très loin de l'objectif de 100 % fixé pour fin 2025, que la mission parlementaire elle-même juge hors d'atteinte. - Les sanctions contre les menaces, violences ou intimidations visant des agents publics pour des motifs liés à la laïcité restent quasi inexistantes : seulement 5 condamnations en 2022. - Dans les établissements scolaires publics, les "atteintes au principe de laïcité" recensées sont passées de 2 226 en 2020-2021 à 6 589 en 2023-2024 — une hausse nette, sur 12 millions d'élèves scolarisés, qui ne peut pas être ignorée. - Le Sénat, dans sa propre évaluation, juge le bilan "bien modeste" et formule 18 recommandations pour une application réellement effective — sa conclusion tient en une phrase : "tout reste à faire."
27.1 Nos propositions concrètes
- Achever la formation à la laïcité de l'ensemble des agents publics déjà engagée par la loi de 2021, très loin de l'objectif fixé — cohérent avec le principe déjà appliqué à chaque volet de ce programme : exécuter ce qui est déjà voté avant d'en réclamer davantage.
- Faire réellement appliquer les sanctions déjà prévues contre les menaces et violences visant des agents publics pour des motifs liés à la laïcité : 5 condamnations en 2022 pour un phénomène documenté par les 17 000 référents laïcité eux-mêmes est le signe d'une loi sous-exécutée, pas d'une loi absente.
- Suivre et traiter sérieusement la hausse des atteintes recensées dans les établissements scolaires publics, en distinguant clairement ce qui relève de la loi de 2004 (signes ostensibles pour les élèves des écoles, collèges et lycées publics) de ce qui n'en relève pas.
- Garantir l'égalité de traitement entre tous les cultes par l'État, sans favoritisme ni discrimination envers l'un ou l'autre — chrétiens, juifs, musulmans ou toute autre confession sont égaux devant la neutralité de l'État, exactement comme le veut la loi de 1905 depuis l'origine.
- Ne jamais confondre la neutralité de l'État avec l'effacement de la pratique religieuse des citoyens : ce programme ne propose aucune restriction nouvelle sur le port de signes religieux ou la prière par des personnes privées dans l'espace public — une telle mesure serait à la fois anticonstitutionnelle et contraire à la jurisprudence européenne, comme expliqué plus haut dans cet échange, et ce quelle que soit la religion concernée.
Par cohérence avec le reste du programme : ce volet ne s'accompagne pas d'un chiffre ajouté au bilan chiffré (section XXVIII) — il s'agit de mieux exécuter une loi déjà votée, pas de créer une dépense nouvelle ni un nouveau dispositif.
XXVIIILe bilan chiffré — combien ça rapporte vraiment, combien ça coûte, et l'effet sur la dette
Tenir un programme sérieux, c'est accepter de montrer l'addition complète — pas seulement les bonnes nouvelles. Voici, mesure par mesure, ce que rapporte chaque proposition et ce qu'elle coûte, avec des chiffres officiels et vérifiables. (La mesure de transparence sur les ponctions de l'État sur l'Unédic, volet X, n'apparaît volontairement pas dans ce tableau : c'est un transfert comptable entre caisses publiques, pas une économie nette pour les finances publiques dans leur ensemble.)
Ce que nos mesures de réduction du gaspillage rapportent chaque année, une fois le mandat installé :
| Mesure | Effet chiffré par an | Source |
|---|---|---|
| Fusion des agences publiques en doublon (baisse de 5 % de leurs 50 Md€ de frais de fonctionnement) | + 2,5 à 3 Md€ | Sénat, commission d'enquête sur les agences (2025) ; FIPECO |
| Renforcement du contrôle fiscal (faire passer la fraude récupérée de 11,4 à 15-16 Md€) | + 4 à 5 Md€ | Cour des comptes, DGFiP (2025) |
| Réévaluation ciblée des 22 plus grosses niches fiscales (sur 470), qui pèsent déjà 53 Md€ à elles seules | + 4 à 5 Md€ (à raison d'environ 10 % de réduction sur ce périmètre) | PLF 2026, Cour des comptes |
| Simplification de la gestion des 42 régimes de retraite (coût de gestion ramené vers la moyenne européenne) | + 2 à 2,5 Md€ | Fondation IFRAP, données Eurostat |
| Lutte contre la fraude à l'assurance maladie (628 M€ → 1,2-1,5 Md€ récupérés) | + 0,6 à 0,9 Md€ | Cour des comptes, Assurance maladie |
| Contrôle médical renforcé des arrêts maladie longs | + 0,5 à 1 Md€ | Plan pluriannuel CNAM 2026 |
| Plafonnement et transparence des contrats de conseil (retour vers ~1 Md€/an) | + 0,5 à 1 Md€ | Sénat (2022), IGF |
| Alignement du temps de travail des collectivités sur les 1 607h légales déjà votées | + 1,3 Md€ | Travaux parlementaires (2026) |
| Total des économies et recettes nouvelles | ≈ 15,4 à 19,7 Md€ par an |
(Le millefeuille territorial — 26 Md€ selon la Cour des comptes — n'est volontairement pas inclus dans ce tableau tant que son chevauchement avec la ligne "agences publiques" ci-dessus n'a pas été clarifié par l'audit prévu en année 1 ; voir section 4.5. La réforme du CESE et le registre des subventions associatives ne sont pas non plus chiffrés ici pour les mêmes raisons de prudence — voir sections 4.7 et 4.8.)
Ce que coûte notre mesure phare de pouvoir d'achat sur le carburant :
| Mesure | Coût chiffré par an | Source |
|---|---|---|
| Suppression de la TVA calculée sur la taxe carburant (fin de la "taxe sur la taxe") | − 4,5 Md€ pour l'État | Fondation IFRAP (2026), à partir des données TVA sur produits pétroliers |
Solde net disponible chaque année, une fois cette mesure de pouvoir d'achat financée : environ 10,9 à 15,2 milliards d'euros. Cette somme sert ensuite à financer la baisse ciblée des charges sur les bas salaires (section 8.1) et, pour le reste, à réduire le déficit.
Et par rapport à la dette, ça représente quoi vraiment ?
Il faut être honnête sur les ordres de grandeur, parce que c'est là que beaucoup de programmes politiques trichent. Le déficit annuel de la France est d'environ 150 milliards d'euros. Nos mesures de gaspillage, de fraude, de simplification des retraites et de la santé, une fois nettes du coût de la mesure carburant, représentent donc environ 9 % de l'effort annuel nécessaire pour combler ce déficit — une contribution réelle et vérifiable, mais qui ne suffit pas à elle seule à redresser les comptes.
C'est précisément pour ça que le programme ne s'arrête pas à la chasse au gaspillage. Le gouvernement actuel vise officiellement une stabilisation de la dette autour de 118 % du PIB d'ici 2029 : ça donne une idée de l'ampleur de l'effort à fournir sur la durée. Le reste du chemin — l'essentiel — doit venir de la croissance économique (volet IX : réindustrialisation, simplification des implantations d'usines), qui, elle, joue sur le dénominateur du calcul de la dette (le PIB) et non seulement sur le numérateur (la dépense). C'est pour cette raison que ce programme construit ses deux jambes en parallèle : le gaspillage identifié ici finance le pouvoir d'achat immédiat, et la croissance construit la vraie sortie de la dette sur cinq ans.
XXIXCalendrier — cinq ans, étape par étape
| Année | Ce qu'on fait | Objectif chiffré |
|---|---|---|
| An 1 | Cartographie des agences publiques + audit des 22 grosses niches fiscales + lancement de la simplification des régimes de retraite + doublement des moyens de contrôle de l'Assurance maladie + simplification des recours contre les permis de construire + fléchage de la formation vers les métiers en tension + réduction des délais de traitement de l'asile + mobilisation des bracelets électroniques et placements extérieurs inutilisés + plan de recrutement ciblé français/maths + contrat à prix plafonné pour l'EPR2 + plafonnement et transparence des contrats de conseil + audit de clarification du millefeuille territorial + création du registre unique des subventions associatives + dépôt du projet de loi sur la dose de proportionnelle + sécurisation du financement de l'ASN4G + retrait de la hausse de fiscalité sur les biocarburants agricoles + généralisation de la double authentification sur les services publics + adoption du projet de loi contre la vie chère outre-mer + stabilisation pluriannuelle du financement de l'audiovisuel public | Identifier 8 à 12 Md€ d'économies mobilisables |
| An 2 | Fusion des agences en doublon + première baisse ciblée de charges sur les bas salaires + plan emploi des seniors + solidarité territoriale des médecins + élargissement du PTZ + transparence sur les ponctions Unédic + réforme de l'AME (transparence et contrôle) + plan de fidélisation police/gendarmerie + renforcement REP/REP+ + priorisation des passoires thermiques + alignement du temps de travail dans les collectivités + réforme du fonctionnement du CESE + rationalisation des dispositifs d'aide au développement inefficaces + encadrement légal du recours au 49.3 + plan de fidélisation dans les armées + généralisation de l'exonération TVA/octroi de mer sur les produits de première nécessité outre-mer | ~6 Md€ d'économies, premiers effets sur le salaire net et l'accès aux soins |
| An 3 | Suppression de la TVA sur la taxe carburant + libération du foncier public pour la construction + guichet unique retraites finalisé + accompagnement renforcé des jeunes vers l'alternance + négociation sur la trajectoire de contribution à l'UE + priorisation des 9 cours d'appel les plus engorgées + cadrage de l'usage de l'IA à l'école + formation BTP fléchée vers la rénovation énergétique + premiers effets du registre associatif + évaluation du congé de naissance et transparence sur les excédents de la branche famille | Effet direct et visible sur le budget des ménages |
| An 4 | Simplification des implantations industrielles + renforcement du contrôle fiscal + accélération de la formation de généralistes + meilleure mobilisation des fonds européens + généralisation des prisons modulaires + mise en œuvre des fusions territoriales identifiées | Plus de croissance et plus de recettes, sans plus d'impôts |
| An 5 | Bilan : déficit ramené sous 3 % du PIB, dette stabilisée, permis de construire proches de 400 000/an, postes vacants en baisse dans les métiers en tension, objectifs LOPMI/LOPJ tenus, pénurie d'enseignants réduite en français/maths, rythme de rénovation thermique rapproché de l'objectif, révision constitutionnelle CESE/CESER proposée si les conditions politiques le permettent | Dette maîtrisée, pouvoir d'achat en hausse mesurable |
XXXNotre trajectoire sur 20 ans — comment la France redevient maîtresse de ses choix
30.0 Pourquoi 5 ans ne suffisent pas, et pourquoi ce n'est pas grave de le dire
Ce programme est honnête depuis le début : en un mandat de 5 ans, on ne fait que stopper l'hémorragie — ramener le déficit sous 3 % du PIB et stabiliser la dette autour de 118 % (section XXVIII). Faire vraiment baisser la dette, dans la durée, ça prend plus qu'un mandat. Ce n'est pas un aveu de faiblesse : c'est ce que montre l'histoire de tous les pays qui y sont réellement parvenus.
30.1 Ce que d'autres pays ont vraiment fait, avec de vrais chiffres
On entend souvent dire que réduire une dette de cette ampleur est impossible. C'est faux — plusieurs pays comparables l'ont fait, sur une quinzaine d'années, avec des méthodes qu'on peut mesurer précisément :
| Pays | Période | Baisse de la dette (en points de PIB) | Excédent budgétaire primaire moyen |
|---|---|---|---|
| Danemark | 1993-2007 | -52,9 points | 4,68 % du PIB/an |
| Belgique | 1993-2007 | -47,9 points | 5,00 % du PIB/an |
| Canada | 1996-2007 | -39,3 points | 3,44 % du PIB/an |
| Nouvelle-Zélande | 1993-2007 | -38,0 points | 4,08 % du PIB/an |
Le cas belge est le plus parlant. Pendant cette période, l'effet mécanique des taux d'intérêt jouait contre la Belgique (+21,6 points de dette supplémentaire rien qu'à cause de ce phénomène) — et malgré ça, le pays a fait reculer sa dette de 47,9 points, grâce à un excédent budgétaire (hors intérêts) tenu pendant quatorze années consécutives. Le Canada, de son côté, a réduit ses dépenses de programmes de 15,8 % à 13,1 % du PIB entre 1994 et 1997 — sans que ce soit, pour autant, un pays connu pour avoir démantelé son État providence.
Le point commun à tous ces succès : ce n'est jamais un coup de rabot brutal sur un an ou deux. C'est un effort modéré mais tenu pendant 15 à 20 ans, sur plusieurs mandats et plusieurs gouvernements successifs, quelle que soit la couleur politique au pouvoir.
30.2 La trajectoire que "Cap sur l'Avenir" propose pour la France, en trois phases
Phase 1 (années 1 à 5) — Arrêter l'hémorragie. C'est le calendrier déjà détaillé (section XXIX) : déficit total ramené sous 3 % du PIB, déficit primaire (hors intérêts de la dette) ramené proche de l'équilibre, dette stabilisée autour de 118 % du PIB. On ne fait alors que ce que font tous les pays qui commencent à redresser leurs comptes : arrêter de creuser.
Phase 2 (années 5 à 12) — Construire un excédent primaire modeste et tenu dans la durée. L'objectif : dégager un excédent primaire d'environ 1 à 2 % du PIB par an — beaucoup plus modeste que les 3 à 5 % qu'ont tenu le Danemark ou la Belgique, parce que notre méthode (section III) exclut le rabot brutal sur les classes populaires. Combiné aux réformes de croissance engagées dès la phase 1 (volet IX), cet effort modéré mais constant devrait permettre de ramener la dette sous la barre des 100 % du PIB vers l'année 12 à 15, un niveau que la France n'a plus connu depuis le début des années 2010.
Phase 3 (années 12 à 20) — Consolider et retrouver des marges de manœuvre. En poursuivant cette trajectoire, l'objectif indicatif est d'amener la dette autour de 80 à 90 % du PIB à l'horizon de 20 ans — encore loin des 60 % fixés par les traités européens, mais dans une zone bien plus soutenable, qui redonnerait à la France une vraie liberté d'investir sans dépendre en permanence de la confiance des marchés financiers.
Ces chiffres sont des ordres de grandeur indicatifs, pas des engagements au point près : personne ne peut prévoir avec certitude la croissance mondiale ou les taux d'intérêt sur 20 ans. Mais la méthode — effort modéré et tenu dans la durée, pas choc brutal — est celle qui a fonctionné partout où elle a été essayée.
30.3 Ce que ça change concrètement, pour que la France retrouve sa place
Ce n'est pas une question de fierté abstraite : une dette maîtrisée a des conséquences très concrètes, déjà expliquées tout au long de ce programme. - Moins de prime de risque sur les taux d'intérêt (volet VII) : une France plus crédible emprunte moins cher, ce qui profite directement aux mensualités de crédit immobilier de millions de Français. - Moins d'argent perdu en intérêts, plus de marge pour ce qui compte : rappelons qu'aujourd'hui, 34 € sur chaque tranche de 1 000 € d'impôts partent uniquement dans les intérêts de la dette (section II) — c'est autant d'argent qui, une fois cette charge allégée, peut financer l'école, la sécurité, la santé ou l'industrie plutôt que les créanciers. - Une voix qui pèse à nouveau en Europe et dans le monde : un pays qui inquiète ses partenaires sur ses finances négocie en position de faiblesse — que ce soit sur le budget européen (volet XI), les alliances industrielles ou la diplomatie. Un pays qui tient ses comptes négocie d'égal à égal. - La capacité à investir dans l'avenir plutôt qu'à rembourser le passé : réindustrialisation (volet IX), nucléaire (volet XV), écoles (volet XIV) — tout ce que ce programme propose devient plus facile à financer durablement une fois que la dette cesse de grossir plus vite que l'économie.
C'est ça, concrètement, "retrouver sa gloire" pour Cap sur l'Avenir : pas un slogan, mais un pays qui décide à nouveau de son avenir au lieu de le subir, parce qu'il n'est plus à la merci de ses créanciers.
XXXICe qu'on ne promet pas — par honnêteté
Réduire la dette et augmenter le pouvoir d'achat en même temps n'est pas un tour de magie : c'est un travail long, qui suppose que l'économie coopère un minimum (aucun gouvernement ne contrôle le prix du pétrole ou la croissance mondiale). Un programme qui promettrait "moins de dette, moins d'impôts, plus de services publics, tout de suite, sans effort" mentirait aux Français. Cap sur l'Avenir préfère des chiffres réalistes, expliqués simplement, à des promesses qu'on ne pourra jamais tenir.
Et sur l'horizon 20 ans (volet XXX) : personne, dans aucun pays, ne peut garantir qu'un objectif fixé aujourd'hui sera tenu dans deux décennies. Ni la croissance mondiale, ni les taux d'intérêt, ni les crises géopolitiques ne se décrètent depuis Paris. Ce que ce programme peut promettre, ce n'est pas un chiffre exact en 2046 : c'est une méthode qui a fait ses preuves ailleurs (effort modéré et tenu dans la durée, pas de choc brutal), et l'engagement de la tenir mandat après mandat. C'est moins spectaculaire qu'un chiffre choc — et c'est précisément pour ça que c'est crédible.
Cap sur l'Avenir — L'avenir se prépare, il ne s'emprunte pas.